On a tous cette image de la table familiale, dominicale, entre soi, bien organisée à l’avance. On sait qui vient, on compte les couverts, on prépare le repas en fonction des habitudes de chacun. Et si, pour une fois, on se demandait ce que ça changerait d’avoir une place en plus, pour quelqu’un qu’on ne connaît pas ?

Il y a des initiatives super touchantes aujourd’hui, ces gens qui ouvrent leur table à des étudiants isolés, à des personnes âgées seules, à des réfugiés qui débarquent sans repère. Ça demande un vrai courage, parce qu’accueillir l’inconnu, ça bouscule nos habitudes, nos zones de confort. On ne sait pas à l’avance de quoi on va parler, si le courant va passer, si ça va être gênant ou au contraire magnifique.

Mais c’est peut-être justement là que se joue quelque chose d’essentiel de notre humanité. Une table fermée, entre gens qui se ressemblent, qui pensent pareil, qui ont le même niveau de vie, c’est confortable, mais ça nous enferme aussi. Une table ouverte, elle, nous oblige à sortir de nous-mêmes, à faire de la place, littéralement et symboliquement.

On vit dans une époque où on a tendance à se replier sur nos cercles, nos communautés, nos réseaux sociaux qui nous ressemblent tellement qu’on ne rencontre plus jamais quelqu’un de vraiment différent. Le repas partagé avec un inconnu, c’est presque un acte de résistance contre cet entre-soi généralisé.

Et puis il y a cette question qu’on pourrait se poser : qu’est-ce qu’on a vraiment à perdre en partageant un repas avec quelqu’un qu’on ne connaît pas ? Peut-être un peu de notre confort, un peu de nos certitudes. Mais qu’est-ce qu’on pourrait y gagner ? Une histoire différente, un regard neuf sur le monde, la découverte que finalement, on a beaucoup plus en commun avec cet inconnu qu’on ne le pensait.

Alors la vraie question, c’est peut-être : sommes-nous prêts à faire cette petite place à table, ce petit geste qui ne coûte presque rien mais qui dit tellement de choses sur notre humanité ? Est-ce qu’on ose encore l’imprévu du partage ?

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