Ce qui se passe actuellement avec les jeunes en Wallonie et à Bruxelles devrait tous nous interpeller. Quand on les voit manifester ou faire grève, on a vite fait de les faire passer pour des agitateurs ou des gosse qui n’ont rien compris. Sauf que c’est tout l’inverse : ils ont parfaitement pigé la situation.

Au fond, de quoi ils parlent ? De leur avenir. C’est quand même la moindre des choses. Ça fait des années qu’on leur répète à longueur de journée qu’ils sont le monde de demain, qu’il faut étudier, bosser, s’en donner les moyens. Et aujourd’hui, tout ce qu’ils réclament, c’est juste une formation de qualité qui leur donne une vraie chance. Mais en face, qu’est-ce qu’on leur offre ? Un horizon complètement bouché.
On sait très bien qui trinque avec les coupes budgétaires : les familles déjà sur la corde raide et les travailleurs. Quand tes parents galèrent chaque fin de mois pour payer le loyer et les factures, étudier sereinement devient un luxe. Comment tu veux t’épanouir et te projeter dans ces conditions ? On leur demande de viser haut, mais on leur coupe l’herbe sous le pied. La colère est plus que légitime.
Le plus navrant là-dedans, c’est le silence radio d’en face. Aucun vrai dialogue, pas l’ombre d’une écoute. Au mieux on minimise, au pire on durcit le ton et on envoie la police. Mais répondre à un appel à l’aide par la fermeté ou la répression, c’est glisser sur une pente très dangereuse pour notre démocratie.
Une société qui refuse d’entendre sa jeunesse est une société qui se tire une balle dans le pied. Si la seule promesse qu’on leur fait, c’est la précarité et le mépris, il ne faut pas s’étonner que ça explose. Pourtant, des solutions existent si on veut bien sortir de cette impasse.
Il faudrait déjà commencer par remettre tout le monde autour d’une table — pas pour une réunion de façade, mais pour de vraies discussions avec les étudiants, les profs, les syndicats et la jeunesse dans son ensemble.
Ensuite, il est urgent de protéger l’enseignement. Étudier ne devrait jamais dépendre du portefeuille des parents : il faut des bourses décentes, des logements abordables, des transports accessibles. L’éducation n’est pas une dépense qu’on rabote, c’est un investissement indispensable. Et pour financer ça sans assommer encore les mêmes, il serait temps de faire contribuer plus équitablement les grandes fortunes et les grands groupes. C’est une question de justice élémentaire.
Au-delà des études, ces jeunes ont besoin de perspectives concrètes : des formations calées sur la réalité, des stages décents et rémunérés, et un vrai coup de pouce à l’insertion. Il faut aussi arrêter de décider à leur place et leur redonner une voix dans les décisions politiques qui les concernent. Quand on se sent pris au sérieux, on a tout de suite moins besoin de crier dans la rue. Et cela passe aussi par un apaisement immédiat : manifester est un droit, pas un délit, et la priorité doit aller à la médiation.
Finalement, ces jeunes ne demandent rien d’extravagant : être écoutés, être respectés, et pouvoir construire leur vie dans des conditions dignes. Répondre à cette crise avec un peu d’intelligence et d’humanité, ce serait l’occasion de retisser un vrai lien social. Continuer à fermer les yeux, c’est creuser un fossé dont toute la société finira par payer la note.

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