Il était une fois, au cœur d’une forêt, un jeune arbre nommé Sylvain qui rêvait de porter tous les fruits du monde. Il voyait le pommier voisin offrir ses pommes rouges aux enfants qui passaient, il voyait le cerisier attirer les oiseaux avec ses cerises sucrées, il voyait le noyer nourrir les écureuils avec ses noix. Et Sylvain se dit : « Je vais porter tous ces fruits à la fois, ainsi je serai utile à tout le monde. »

Il se mit alors à pousser de toutes ses forces des branches dans toutes les directions. Une branche pour les pommes, une pour les cerises, une pour les noix, une autre encore pour des poires, et même une pour des fleurs exotiques qu’il avait aperçues dans un livre porté par le vent.
Les premières saisons, Sylvain était fier. Il avait des bourgeons partout, des promesses de fruits sur chaque branche. Mais plus le temps passait, plus il se sentait épuisé. Ses racines, qui n’avaient qu’une quantité limitée d’eau et de nutriments à puiser dans le sol, n’arrivaient plus à nourrir toutes ces branches à la fois. Ses fruits restaient chétifs, acides, à peine mûrs. Les oiseaux ne s’arrêtaient plus chez lui, préférant le cerisier voisin dont les fruits étaient gorgés de soleil.
Un jour, une vieille chouette sage vint se percher sur lui et lui dit : « Sylvain, pourquoi t’épuises-tu ainsi ? Regarde tes racines, elles crient famine. Regarde ton tronc, il se fissure sous le poids de tant de branches. »
Sylvain, désespéré, demanda : « Mais si je ne porte pas tous ces fruits, ne serai-je pas inutile ? »
La chouette répondit : « Choisis deux ou trois branches, celles qui te correspondent vraiment, et nourris-les bien. Laisse reposer les autres, ou coupe-les. Un arbre qui donne peu de fruits mais de qualité vaut mieux qu’un arbre épuisé qui n’en donne aucun de bon. »
Sylvain suivit ce conseil. Il se concentra sur ses branches à pommes et à noix, laissant les autres se reposer. Ses racines purent enfin se régénérer, puisant une eau plus abondante pour nourrir ce qu’il avait choisi de porter.
L’année suivante, ses pommes étaient juteuses, ses noix craquantes et pleines. Les enfants revinrent, les écureuils aussi. Et Sylvain comprit enfin que la vraie générosité n’est pas de tout donner à la fois, mais de donner le meilleur de ce qu’on peut vraiment porter.
Depuis ce jour, chaque fois qu’un jeune arbre de la forêt voulait imiter tous ses voisins à la fois, les anciens racontaient l’histoire de Sylvain, l’arbre qui avait appris l’équilibre entre ses racines et ses branches, entre lui-même et ce qu’il offrait au monde.

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