Il y a une nuance énorme entre « avoir un prochain » et « se faire prochain ». Dans le premier cas, on reste passif, on catégorise les gens, on décide qui mérite notre attention selon des critères qu’on a nous-mêmes fixés. Dans le second cas, c’est nous qui bougeons, qui allons vers l’autre, peu importe qui il est.

Jésus renverse complètement la logique habituelle. Il ne dit pas au docteur de la loi « voici la liste de ceux que tu dois considérer comme tes prochains ». Il lui montre un homme, un Samaritain, méprisé par les Juifs de l’époque, qui décide de s’approcher d’un blessé qu’il ne connaît pas. Ce Samaritain ne se demande pas « est-ce que cet homme fait partie de mon cercle, de ma communauté, de ma religion ? » Il voit une personne dans le besoin, et il agit.
Se faire prochain, c’est accepter que la proximité ne dépend pas de la géographie, de la culture ou de la religion, mais de notre capacité à nous laisser toucher par la souffrance de l’autre. C’est un mouvement du cœur qui précède toute réflexion, toute justification.
Dans notre monde, on a tendance à créer des distances : entre nous et les migrants, entre nous et les pauvres, entre nous et ceux qui pensent différemment. On se retranche derrière nos différences pour se dispenser d’agir. Mais l’Évangile nous dit l’inverse : c’est en nous approchant, en prenant le risque de la rencontre, que l’autre devient proche.
Se faire prochain demande de l’humilité. Ça veut dire reconnaître qu’on n’a pas toutes les réponses, qu’on ne sait pas toujours comment aider, mais qu’on choisit quand même de s’arrêter, de tendre la main, d’écouter.
C’est un appel à sortir de nous-mêmes, à quitter nos certitudes et nos préjugés, pour laisser la souffrance de l’autre nous concerner vraiment. C’est ça, la vraie charité : ne pas attendre que l’autre soit proche pour l’aimer, mais devenir proche par notre amour.

Laisser un commentaire