Frères et sœurs,

Il y a quelque chose qui nous dérange dans cette parabole, et c’est très bien ainsi. Ces vignerons qui refusent de rendre les fruits, qui maltraitent les envoyés, qui finissent par tuer le fils du propriétaire pour s’approprier l’héritage… On se dit : quelle histoire violente ! Et pourtant, si on y regarde de près, elle nous parle de nous, aujourd’hui, en 2026.

Regardons autour de nous. Nous vivons dans un monde qui a soif d’appropriation. On veut posséder, contrôler, garder pour soi. On le voit dans les tensions internationales, dans ces guerres qui n’en finissent pas, où des peuples entiers se battent pour des terres, des ressources, du pouvoir. On le voit aussi plus près de nous, dans nos vies quotidiennes : cette tentation de tout vouloir garder pour soi, notre temps, nos biens, nos réussites, en oubliant que tout nous a été confié, que rien ne nous appartient vraiment.

Car c’est bien ça, le cœur du message aujourd’hui : la vigne, ce n’est pas la nôtre. Dieu nous l’a confiée. Notre travail, notre famille, notre santé, notre intelligence, notre planète même, tout cela nous a été donné en gérance, pas en pleine propriété. Et nous, comme ces vignerons, on a parfois tendance à oublier le propriétaire, à faire comme si tout nous revenait de droit.

Pensez à notre rapport à la création, par exemple. Combien de fois traitons-nous notre planète comme si elle nous appartenait totalement, sans se soucier de la rendre, un jour, en bon état à ceux qui viendront après nous ? C’est exactement l’attitude des vignerons de la parabole : ils oublient qu’ils sont locataires, pas propriétaires.

Et puis il y a cette phrase terrible : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. » Combien de fois, dans notre société, rejetons-nous ce qui nous dérange, ce qui nous questionne ? Les plus fragiles, les plus pauvres, ceux qu’on préfère ne pas voir… Et si c’était justement eux, la pierre d’angle de notre monde ? Le pape ne cesse de nous le rappeler : c’est aux périphéries qu’on trouve souvent l’essentiel.

Alors, frères et sœurs, cette parabole n’est pas là pour nous condamner, mais pour nous réveiller. Elle nous invite à un changement de regard : arrêtons de nous comporter en propriétaires jaloux de nos vies, et redevenons des serviteurs reconnaissants, capables de rendre du fruit, de partager, de faire confiance au Maître de la vigne.

Que cette semaine, nous nous demandions simplement : qu’est-ce que je fais fructifier de ce qui m’a été confié ?

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