Alors voilà, on se retrouve encore une fois avec cette parabole des vignerons homicides, Matthieu 21, et franchement, à chaque fois qu’on la relit, ça pique un peu. C’est l’histoire d’un propriétaire qui plante une vigne, qui fait tout bien comme il faut, la clôture, le pressoir, la tour de guet, et puis il la confie à des vignerons et il part. Et quand vient le temps de récolter les fruits, il envoie ses serviteurs, et ces gens-là, au lieu de rendre ce qui est dû, ils les battent, ils en tuent, et ça recommence encore. Jusqu’au fils, qu’ils finissent par tuer aussi, en pensant récupérer l’héritage.

Bon, quand on regarde autour de nous aujourd’hui, on n’est pas obligés d’aller chercher bien loin pour trouver des échos à ça. On vit dans un monde où on a l’impression, souvent, que tout nous appartient. Qu’on est propriétaires de nos vies, de nos ressources, de notre petit territoire, et qu’on n’a de comptes à rendre à personne. Regardez juste la manière dont on traite la planète en ce moment, les crises climatiques qui s’enchaînent, les canicules, les incendies, tout ça. On a reçu une terre en gérance, pas en pleine propriété, et pourtant on se comporte souvent comme ces vignerons qui oublient qu’ils ne sont que des locataires, pas des maîtres.

Et puis il y a cette question du fruit. Le maître de la vigne, il ne demande pas grand-chose au fond, juste qu’on lui rende ce qui lui revient au moment voulu. C’est assez universel comme exigence, non ? Dans nos vies de tous les jours, avec le boulot, la famille, les responsabilités qu’on nous confie, est-ce qu’on porte vraiment du fruit, ou est-ce qu’on passe notre temps à repousser l’échéance, à faire comme si de rien n’était, à vivre comme si personne n’allait jamais nous demander des comptes ?

Ce qui me frappe aussi, c’est cette violence progressive dans le texte. Ça commence par le rejet, puis ça monte crescendo jusqu’au meurtre. Et c’est un peu à l’image de ce qu’on voit dans l’actualité, ces tensions qui montent, ces conflits qui n’en finissent pas, que ce soit à l’échelle internationale ou juste dans nos relations de voisinage, de famille, de travail. On commence par ignorer l’autre, par refuser d’entendre ce qu’il a à nous dire, et puis ça dégénère. La parabole nous alerte là-dessus, sur cette pente glissante du refus qui se transforme en violence.

Alors comment on se prépare à entendre ça dimanche prochain ? Je pense qu’il faut accepter de se laisser questionner, sans se mettre tout de suite en position de juge des autres. C’est facile de penser que ça parle des grands prêtres et des pharisiens de l’époque, des méchants d’en face. Mais Jésus, il nous met directement en cause, à nous d’aujourd’hui. Est-ce qu’on n’est pas nous-mêmes, parfois, en train de rejeter ce qui nous dérange, ce qui vient nous demander des comptes, que ce soit une parole d’Évangile, un appel à la justice sociale, ou simplement la conscience qui nous chuchote qu’on pourrait faire mieux ?

Il y a quand même, au bout du texte, cette image de la pierre rejetée qui devient la pierre angulaire. C’est peut-être ça, le vrai message d’espérance à retenir. Même quand on a tout raté, même quand on a rejeté ce qu’on n’aurait pas dû rejeter, il y a toujours une possibilité de reconstruction. Le mal n’a pas le dernier mot. Ça peut nous parler très concrètement dans notre époque un peu fracturée, où on a parfois l’impression que tout s’effondre, que les divisions sont trop profondes pour être réparées. L’Évangile nous dit que même la pierre la plus rejetée peut devenir le fondement de quelque chose de nouveau.

Donc, se préparer à ce dimanche, je crois que ça passe par un peu d’humilité, accepter qu’on est locataires et pas propriétaires, se demander honnêtement quels fruits on porte vraiment dans nos vies, et garder cette espérance tenace que même dans les situations qui semblent perdues, il y a toujours une pierre d’angle qui attend de trouver sa place.

Laisser un commentaire