On vit une drôle d’époque. On n’a jamais été aussi connectés et pourtant tellement de gens se sentent seuls. On a des centaines d’amis sur les réseaux sociaux, mais qui appelle-t-on vraiment quand ça va mal à trois heures du matin ?

Il y a quelque chose qui s’est un peu perdu dans notre société : cette évidence qu’on devrait naturellement veiller les uns sur les autres. Avant, dans les villages, tout le monde se connaissait, on savait quand le voisin était malade, quand la vieille dame du bout de la rue n’avait pas sorti sa poubelle depuis trois jours. Aujourd’hui, on peut vivre à côté de quelqu’un pendant dix ans sans connaître son prénom.
Et pourtant, cette envie de prendre soin les uns des autres, elle est toujours là, tapie quelque part. On l’a vu pendant les confinements, ces messages sur les réseaux pour proposer d’aller faire les courses des personnes âgées, ces applaudissements aux fenêtres. On l’a vu aussi après certaines catastrophes, ces élans de solidarité impressionnants.
Le truc, c’est qu’on n’a pas besoin d’attendre une crise pour ça. Veiller les uns sur les autres, ça peut être tout simple : prendre des nouvelles d’un collègue qui a l’air fatigué, appeler un ami qu’on n’a pas eu depuis longtemps, remarquer quand quelqu’un ne va pas bien dans le métro ou au travail. Ça peut être aussi accepter d’être vu, de dire qu’on ne va pas bien, plutôt que de faire semblant.
On vit dans une culture de la performance où on doit toujours avoir l’air bien, fort, indépendant. Demander de l’aide devient presque honteux. Mais en réalité, c’est cette interdépendance qui nous rend humains. Personne ne s’en sort vraiment tout seul.
Alors peut-être que la vraie question, c’est : qu’est-ce qui nous empêche de nous regarder vraiment les uns les autres ? La peur de déranger ? Le manque de temps ? Ou simplement l’habitude de ne plus faire attention ? Si on ralentissait juste un peu, si on levait les yeux de nos écrans, combien de personnes autour de nous auraient besoin qu’on les regarde vraiment ?

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