Il était une fois, au creux d’une vallée, une rivière qui coulait avec fracas. Elle grondait, se cognait contre les pierres, débordait quand l’orage grondait, et emportait tout sur son passage sans jamais se reposer. Les villageois qui vivaient près d’elle avaient peur de son bruit incessant, de sa colère qui semblait ne jamais s’éteindre.

Un jour, un vieil homme vint s’asseoir sur la berge. Il regarda longtemps la rivière tourmentée, puis il se pencha et ramassa un caillou tout rugueux, aux arêtes coupantes. Il le posa doucement dans l’eau et dit :

— Petite rivière, pourquoi cours-tu si vite, pourquoi cries-tu si fort ?

La rivière répondit :

— Je porte tant de choses en moi : la boue des orages, les branches cassées, les peurs des tempêtes passées. Je ne sais pas comment m’arrêter.

Le vieil homme sourit et répondit :

— Tu n’as pas besoin de t’arrêter. Regarde ce caillou que je viens de te confier. Il est rugueux aujourd’hui, mais laisse-le simplement voyager avec toi, sans le rejeter avec violence. Le temps, la patience et ton propre mouvement l’adouciront.

La rivière, intriguée, continua son chemin, mais cette fois-ci en portant ce caillou avec un peu plus de douceur, sans chercher à l’expulser avec rage.

Les années passèrent. Le vieil homme revint s’asseoir sur la même berge. Il ramassa à nouveau le même caillou, mais cette fois, il était lisse, arrondi, apaisant sous les doigts.

— Tu vois, dit-il à la rivière, tu n’as pas eu besoin de te battre contre ce que tu portais. Il a suffi que tu continues d’avancer, avec patience, sans violence contre toi-même, et le temps a fait le reste.

La rivière, elle, avait aussi changé. Son bruit était devenu un doux murmure. Elle ne grondait plus, elle chantait presque en coulant.

Depuis ce jour, les villageois viennent s’asseoir près d’elle non plus par peur, mais pour y trouver la paix, comprenant que même les cœurs les plus tourmentés peuvent s’apaiser, non pas en luttant contre leurs blessures, mais en les laissant doucement se polir par le temps et la patience.

Laisser un commentaire