On va être honnête deux minutes. Est-ce qu’on peut vraiment, sincèrement, se sentir frère ou sœur avec n’importe qui ? Genre, le mec qui vous double dans les embouteillages en klaxonnant comme un fou, ou la personne qui a des idées politiques complètement opposées aux vôtres, on se sent frère avec eux, vraiment ?

Spontanément, on va dire non. On se sent proche de sa famille, de ses amis, de gens qui nous ressemblent, qui pensent comme nous, qui ont vécu les mêmes trucs que nous. Le reste, c’est plus flou, plus lointain.
Mais si on gratte un peu, on se rend compte que cette fraternité universelle, elle existe déjà, qu’on le veuille ou non. On a tous les mêmes besoins de base : être aimé, être reconnu, ne pas souffrir, vivre en paix. Le mec qui vous énerve dans les embouteillages, il a probablement des soucis, une famille qui l’attend, des angoisses qui le rongent, comme vous.
Le problème, c’est qu’on vit dans une société qui nous pousse à catégoriser les gens rapidement. On a « nous » et « eux ». Les gens de notre bord politique, et les autres. Ceux qui nous ressemblent culturellement, et les étrangers. Cette logique de tri, elle est confortable parce qu’elle simplifie le monde, mais elle nous empêche de voir l’humanité commune qu’on partage tous.
Vivre sa fraternité avec tout le monde, ça ne veut pas dire être copain avec tout le monde, ni être d’accord avec tout, hein. Ça veut dire reconnaître que même la personne la plus différente de moi, la plus antipathique, elle a une dignité, une histoire, des blessures peut-être, et qu’elle mérite un minimum de respect et d’humanité.
Concrètement, ça pourrait juste être : dire bonjour au livreur qu’on croise tous les jours, écouter vraiment son collègue au lieu de juste attendre son tour de parler, ne pas juger trop vite quelqu’un qu’on ne connaît pas.
Alors la vraie question, c’est peut-être : est-ce qu’on a vraiment envie d’élargir notre cercle de fraternité, ou est-ce qu’on préfère rester bien au chaud dans notre petit groupe rassurant ?

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