L’Evangile

Alléluia. Alléluia.
Venez à moi, vous tous qui peinez
sous le poids du fardeau, dit le Seigneur,
et moi, je vous procurerai le repos.
Alléluia. (Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
  un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui.
Jésus entra chez lui
et prit place à table.
  Survint une femme de la ville, une pécheresse.
Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien,
elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum.
  Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds,
et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus.
Elle les essuyait avec ses cheveux,
les couvrait de baisers
et répandait sur eux le parfum.

  En voyant cela,
le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même :
« Si cet homme était prophète,
il saurait qui est cette femme qui le touche,
et ce qu’elle est : une pécheresse. »
  Jésus, prenant la parole, lui dit :
« Simon, j’ai quelque chose à te dire.
– Parle, Maître. »
  Jésus reprit :
« Un créancier avait deux débiteurs ;
le premier lui devait cinq cents pièces d’argent,
l’autre cinquante.
  Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser,
il en fit grâce à tous deux.
Lequel des deux l’aimera davantage ? »
  Simon répondit :
« Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce
de la plus grande dette.
– Tu as raison », lui dit Jésus.
  Il se tourna vers la femme et dit à Simon :
« Tu vois cette femme ?
Je suis entré dans ta maison,
et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ;
elle, elle les a mouillés de ses larmes
et essuyés avec ses cheveux.
  Tu ne m’as pas embrassé ;
elle, depuis qu’elle est entrée,
n’a pas cessé d’embrasser mes pieds.
  Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ;
elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds.
  Voilà pourquoi je te le dis :
ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés,
puisqu’elle a montré beaucoup d’amour.
Mais celui à qui on pardonne peu
montre peu d’amour. »
  Il dit alors à la femme :
« Tes péchés sont pardonnés. »
  Les convives se mirent à dire en eux-mêmes :
« Qui est cet homme,
qui va jusqu’à pardonner les péchés ? »
  Jésus dit alors à la femme :
« Ta foi t’a sauvée.
Va en paix ! »

Sa réflexion

Vous connaissez cette scène : un pharisien invite Jésus à manger, tout est bien rangé, bien correct, et puis débarque cette femme qu’on qualifiait de « pécheresse ». Elle pleure, elle lui lave les pieds avec ses larmes, elle les essuie avec ses cheveux. Franchement, aujourd’hui encore, on imagine la gêne dans la salle. On se dirait : « mais enfin, qu’est-ce qu’elle fait là, celle-là ? »

Et c’est ça qui me parle dans notre époque. On vit dans un monde qui aime bien classer les gens. Untel a fauté, on ne l’oublie pas. Une autre a une réputation, elle la traîne toute sa vie. Sur les réseaux sociaux, c’est encore pire : une erreur, et on est catalogué à vie, on n’a plus droit à une deuxième chance. Simon le pharisien, c’est un peu nous quand on juge trop vite, quand on se sent supérieur parce qu’on pense n’avoir « rien à se reprocher ».

Mais Jésus renverse tout ça. Il ne regarde pas le passé de cette femme, il regarde son cœur maintenant, ce geste d’amour immense qu’elle pose. Et il dit cette phrase qui devrait nous secouer : « Celui à qui on pardonne peu aime peu. » Autrement dit, plus on a conscience d’avoir été aimé malgré nos manques, plus on est capable d’aimer en retour.

Dans nos vies de tous les jours, avec le stress, le boulot, les tensions familiales, on a vite fait de devenir des Simon : rigides, jugeurs, oubliant qu’on a nous-mêmes besoin d’être pardonnés. Cette femme nous rappelle qu’il n’y a pas de honte à se reconnaître fragile, pécheur, imparfait. Au contraire, c’est là que peut naître un amour vrai, désintéressé, débordant.

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