Il était une fois, au cœur d’une forêt, un grand chêne nommé Sylvain. Sylvain aimait profondément les animaux de la forêt. Chaque matin, il offrait ses fruits aux écureuils, son ombre aux lapins, ses branches aux oiseaux pour construire leurs nids. Il était tellement heureux de donner qu’il en oubliait souvent de garder quelque chose pour lui.

Un jour, une petite renarde nommée Lila vint s’installer contre son tronc. Elle demandait sans cesse : des fruits, de l’ombre, du bois pour se réchauffer. Sylvain donnait, donnait, encore et encore, pensant que c’était ça, l’amour véritable : ne jamais refuser.
Mais avec le temps, ses branches s’affaiblirent, ses racines s’asséchèrent. Il n’avait plus de sève pour lui-même. Un vieux hibou, qui observait la scène depuis des années, vint un soir lui parler.
— Sylvain, lui dit-il, tu confonds l’amour avec l’épuisement. Un arbre qui donne tout sans se soucier de ses racines finira par mourir, et alors, il ne pourra plus donner du tout.
Sylvain, surpris, répondit : — Mais si je dis non à Lila, est-ce que je ne serai pas égoïste ?
Le hibou secoua la tête doucement. — Dire non parfois, ce n’est pas de l’égoïsme, c’est prendre soin de la source de ton amour. Si tes racines meurent, tu ne pourras plus offrir ni ombre, ni fruits, ni refuge à personne.
Le lendemain, quand Lila revint demander encore plus de bois pour l’hiver, Sylvain, le cœur serré, lui dit doucement : — Je ne peux pas te donner plus aujourd’hui, j’ai besoin de me régénérer. Mais je resterai là, avec toi, autrement.
Lila fut d’abord déçue, puis elle comprit. Elle resta près de lui, non plus seulement pour recevoir, mais pour l’accompagner.
Avec le temps, Sylvain retrouva des forces. Ses branches reverdirent, ses fruits redevinrent généreux. Il avait appris que l’amour véritable n’est pas de tout donner jusqu’à s’épuiser, ni de tout garder par peur de manquer, mais de trouver cet équilibre fragile entre le don et la préservation de soi.
Et c’est ainsi que Sylvain devint l’arbre le plus aimé de la forêt, non pas parce qu’il donnait tout, mais parce qu’il savait aimer avec sagesse.

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