On a beau lire des livres, écouter les conseils de nos parents, regarder des vidéos sur YouTube, rien ne nous prépare vraiment à ce que provoque l’arrivée d’un bébé dans une vie. C’est un des rares événements humains qui reste, malgré toute notre modernité et notre information illimitée, complètement bouleversant.

D’abord, il y a le corps qui change, pour la mère bien sûr, mais aussi toute l’organisation familiale qui se transforme. Le sommeil disparaît, les habitudes s’effondrent, le couple doit se réinventer. On devient parents du jour au lendemain, sans mode d’emploi précis, en improvisant énormément, en doutant sans arrêt de faire les bons choix.

Mais au-delà de l’aspect pratique, c’est surtout intérieurement que tout bascule. On découvre une capacité d’amour qu’on ne soupçonnait pas, un instinct de protection presque animal, et en même temps une vulnérabilité immense, parce qu’on réalise qu’on aime quelqu’un plus que sa propre vie, ce qui fait peur autant que ça rend heureux.

Le rapport au temps change aussi radicalement. Avant, on courait après des deadlines professionnelles, on planifiait des vacances, des sorties entre amis. Après, le temps se mesure en biberons, en heures de sommeil grappillées, en petites victoires comme un premier sourire ou un premier pas. Les priorités se réorganisent complètement, souvent sans qu’on l’ait vraiment choisi consciemment.

Et puis il y a cette question identitaire qui se pose : qui suis-je maintenant que je suis parent ? Est-ce que je perds une part de moi-même en gagnant ce nouveau rôle, ou est-ce que je me découvre autrement, plus riche, plus complet ?

Les relations sociales aussi se transforment. Les amis sans enfants qu’on voit moins, les nouvelles amitiés qui se créent à la crèche ou au parc, les grands-parents qui redéfinissent leur rôle. Toute une constellation relationnelle se réorganise autour de ce petit être qui ne demande qu’à être nourri, aimé et sécurisé.

Alors, comment un être si fragile, si dépendant, peut-il avoir un tel pouvoir de transformation ? Peut-être justement parce qu’il nous oblige à sortir de nous-mêmes, à devenir plus généreux, plus patients, à réapprendre l’essentiel dans un monde qui nous pousse sans cesse vers l’accessoire.

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