Frères et soeurs,

Vous savez, quand on lit ce passage de l’évangile de Luc, on pourrait presque se croire dans une salle d’attente de maternité. Un vieux couple, Zacharie et Élisabeth, qui a depuis longtemps renoncé à l’espoir d’avoir un enfant. Des années de prières, peut-être d’amertume aussi, de questions douloureuses. Et puis un ange qui débarque et qui dit : « Ta prière a été exaucée. » Pas dans six mois. Maintenant.

Ce qui me frappe d’abord, c’est cette annonce faite à un homme qui faisait son travail ordinaire. Zacharie était de service au Temple, il accomplissait son rôle comme tous les jours. Pas lors d’un grand moment mystique. Dans le quotidien. Et c’est là que Dieu le rejoint. Combien de fois nous attendons une révélation extraordinaire, un signe du ciel spectaculaire, alors que Dieu se glisse dans notre mardi matin, dans notre routine, dans notre service discret ?

Regardons autour de nous. Nous vivons dans un monde qui a soif de sens, un monde saturé d’informations, de bruits, de messages contradictoires. Les réseaux sociaux nous promettent la vérité à chaque instant. Les prophètes de malheur comme les gourous du bonheur facile se multiplient. Dans ce brouhaha permanent, Jean Baptiste vient nous rappeler une chose essentielle : la mission la plus grande n’est pas de briller soi-même, mais de préparer le chemin pour quelque chose qui nous dépasse.

L’ange dit que Jean « tournera les cœurs des pères vers leurs enfants ». Cette phrase résonne aujourd’hui avec une acuité douloureuse. Combien de familles brisées, de générations qui ne se parlent plus, de pères absents, de liens défaits ? La mission de Jean commence dans les familles, dans les réconciliations concrètes, dans ces pas que nous remettons toujours à demain.

Et puis il y a Zacharie, ce prêtre qui n’arrive pas à croire. Il connaît les Écritures par cœur, il a prié toute sa vie, et pourtant, quand la réponse arrive, il dit : « Comment vais-je savoir que c’est vrai ? » Ne sommes-nous pas tous un peu Zacharie ? Croyants de longue date, mais saisis de vertige quand Dieu prend au sérieux ce que nous lui demandions.

Frères et sœurs, la naissance de Jean Baptiste nous dit que Dieu prend les chemins les plus inattendus. Il passe par une vieille femme stérile, par un prêtre incrédule, pour envoyer dans le monde celui qui criera dans le désert.

Peut-être que notre désert à nous, c’est justement là qu’il veut commencer à parler.

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