
Le conte du jour.
Dans un village où les maisons se faisaient face sans jamais se regarder, vivait Léa, jeune fille qui avait appris à compter les jours par les gestes simples des autres. Un soir d’orage, des habitants se mirent à s’éterniser sur leurs porches, chacun jugeant l’autre responsable des éclats de tonnerre. Léa, elle, avait l’impression de voir le village se refermer comme une coquille. Alors elle choisit d’apprendre à tendre les mains plutôt que les bâtons de paroles. Elle commença par la petite voisine qui avait perdu son chat, puis le boulanger qui fronçait les sourcils tous les matins. Peu à peu, les regards se détendaient. Les portes, qui restaient closes toute la journée, s’ouvraient le soir pour laisser entrer une mélodie ou une histoire. Les enfants, voyant leurs aînés agir, se mirent à faire des gestes simples aussi: partager leurs goûters, aider à porter les sacs, écouter ceux qui avaient froid. Le village, comme sous l’effet d’un petit miracle, devint un lieu où l’on pouvait se dire « bonjour » sans attendre quelque chose en retour. Un soir, un homme âgé, qui avait perdu sa femme il y a longtemps, raconta comment il avait appris à aimer à nouveau en voyant ceux qui offeraient leur temps et leur attention. Il réalisa que l’amour ne se crie pas, ne se vend pas, ne se prêche pas: il se vit, chaque jour, dans ces mains qui s’étreignent et se déploient. Et le village comprit alors que le pont le plus fort n’était pas fait de pierres, mais de mains tendues qui se soutiennent les unes les autres.

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