
On se prépare doucement, comme on se prépare à une rencontre importante, parce que le quatrième dimanche de Pâques, année A, nous parle d’une invitation simple et centrale: suivre quelqu’un qui connaît le chemin et qui nous appelle par notre nom. Jésus se présente comme le Bon Pasteur, et tout d’un coup, on est rassurés et un peu bousculés aussi, parce que ce qui est dit dans l’évangile, c’est qu’il n’est pas un chef parmi d’autres, qu’il n’est pas là juste pour montrer le chemin: il est le chemin lui‑même. Il parle des portes et des bergers, et puis il donne une image qui touche le quotidien: il dit qu’il a des brebis qui écoutent sa voix, qu’il les appelle, qu’elles le suivent, et qu’il leur offre une vie plus riche, une vie en abondance. On peut presque entendre le ton sûr et calme de celui qui sait ce qui est bon pour nous. Et alors, ce qui me parle, c’est ce moment où Jésus rassure ceux qui doutent, ceux qui se méfient un peu des mirages: il ne vient pas pour voler, ni pour écraser, mais pour donner, pour accompagner, pour ouvrir, pour protéger.
Se préparer, c’est d’abord accepter de tendre l’oreille. Dans notre vie d’aujourd’hui, tout vole vite: les infos, les demandes, les exigences, les déceptions aussi. Et voilà que Jésus dit: écoute ma voix; ce n’est pas la rumeur du monde qui te sauvera, c’est une voix qui te connaît, qui te fait te sentir vu et aimé. Cette voix n’est pas une pression qui te pousse à te dépasser à tout prix, mais un appel à devenir soi-même, à sortir de ce qui t’emprisonne: la peur, l’angoisse du lendemain, l’idée que tu dois tout gérer tout seul. Le Bon Pasteur ne te promet pas une vie sans détours ni épreuves, mais il promet d’être avec toi dans les moments difficiles, de te guider vers des lieux où tu es en sécurité, où tu peux prendre soin des autres aussi.
Ensuite, se préparer, c’est accepter d’être guidé. Jésus parle des portes: il est la porte par laquelle on entre dans la vie. Cela peut sembler abstrait, mais c’est concret: qu’est‑ce qui te permet d’entrer en relation avec les autres sans te protéger tout le temps, sans te fermer dans ton petit monde? Peut‑être que cela veut dire prendre le temps d’écouter, de pardonner, de dire oui à une présence qui te dépasse un peu et qui t’invite à te mettre au service. Le pasteur qui veille sur ses brebis ne compte pas les heures; il est là, patient, présent. À l’image de ce berger, nous sommes appelés à nous mettre au service, à accueillir les fragilités des autres comme des occasions d’apprendre à aimer davantage.
Et puis il y a cette promesse d’abondance. Ce n’est pas une vie facile qui est promise, mais une vie qui se déploie quand on accepte d’entrer dans ce regard aimant qui nous dépasse. Parfois, ce sera la simplicité d’un geste quotidien: une main tendue, un mot de réconfort, un rendez‑vous pris avec soi‑même pour se rappeler qui on est, et pourquoi on est là. Parfois, ce sera plus compliqué: des chemins où l’on doit choisir la fidélité plutôt que la facilité. Dans tous les cas, la vie en abondance, telle que Jésus la propose, c’est d’être vrai avec soi, avec les autres, avec Dieu, même lorsque les silences deviennent lourds.
Alors, se préparer à ce quatrième dimanche, année A, c’est aussi se rappeler que nous ne sommes pas seuls dans cette marche. Le texte nous renvoie à une communauté qui écoute, qui se soutient, qui apprend ensemble à reconnaître la voix du pasteur. On peut se dire: et moi, qu’est‑ce que j’entends comme voix qui me guide? Qu’est‑ce que j’ai besoin de laisser entrer dans ma vie pour vivre plus librement et plus généreusement? Peut‑être faut‑il accepter d’oser sortir de nos sécurités à nous pour suivre Jésus, qui nous appelle par notre nom et qui nous promet une vie où chaque jour peut devenir signe de sa présence.
En fin de compte, ce dimanche nous pousse à marcher avec simplicité: à écouter, à suivre, à ouvrir les portes de notre cœur, à accueillir l’abondance que Dieu veut offrir. Et cette préparation, elle se fait dans la vie de tous les jours: dans le calme d’un temps pour soi, dans la complicité de ceux qui nous entourent, dans l’action même du quotidien où, petit à petit, on découvre que l’amour est plus fort que la peur et que la voix qui nous appelle est celle qui nous fait vivre vraiment.

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