La réflexion chrétienne du jour.

On peut croire en soi sans tomber dans l’orgueil, et c’est peut-être là que se joue une vraie sagesse chrétienne: reconnaître notre dignité d’enfants de Dieu tout en restant ouverts aux autres. Dans notre vie quotidienne, entre les deadlines qui pressent, les échecs qui freinent et les réussites qui rendent fiers, il est facile de se replier sur soi pour se rassurer. Mais l’Écriture nous invite autrement: croire en soi, ce n’est pas une suffisance autonome, c’est une confiance reçue qui se déploie en amour pour le prochain. Penses au psalmiste qui chante: “Je suis bien avec toi; ne crains pas, car je t’ai racheté” (écho de Esaïe 41:10 et Psaume 23), et Jésus qui dit : “Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” (Matthieu 25:40). Ces mots nous disent que notre force intérieure trouve sa vraie mesure dans la façon dont elle est mise au service des autres.

Aujourd’hui, on voit des jeunes et des moins jeunes qui doutent de leur place, qui hésitent à prendre leur place dans la société, dans la famille, dans la communauté: “Et moi, est-ce que je suis capable?” Le message biblique ne refuse pas le doute; il l’accompagne. Paul, qui parle souvent de ses faiblesses, dit: “Ma grâce te suffit, car ma puissance s’exerce dans la faiblesse” (2 Corinthiens 12:9). Cette phrase me rejoint quand je me surprends à croire que je dois tout porter seul, que ma valeur dépend des résultats que je produis. Non: croire en soi, selon l’Évangile, c’est d’abord accueillir que Dieu te donne des dons, des talents, des charismes, et que tu peux les mettre au service de la vie des autres.

Dans une société qui pousse à la comparaison et à la performance, croire en soi devient un acte responsable: cela veut dire reconnaître ce que je peux faire, mais aussi ce que je ne peux pas faire seul et qui nécessite la communion, l’échange, l’aide d’autrui. Jésus ne nous invite pas à marcher isolément. Au contraire, il rassemble: “Je suis le pain de vie… Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif” (Jean 6:35). Ce pain nourricier n’est pas une égoïste consolation; il devient force quand il se transforme en service: aider un voisin, soutenir un collègue, partager le temps, écouter sans juger. Et lorsque nous prenons conscience de nos dons, ils cessent d’être des fardeaux et deviennent des instruments de solidarité. Paul rappelle aussi que chacun reçoit des dons différents “pour l’édification du corps” (1 Corinthiens 12). Croire en soi, c’est accepter ces dons, les polir, les offrir, et découvrir que plus on donne, plus on grandit.

Le réel contemporain peut être exigeant: incertitudes économiques, tensions familiales, questions identitaires, fragilités de santé, solitude urbaine. Dans ce contexte, croire en soi peut devenir une énergie prête à se mettre au service des autres. C’est ce que fait l’Église quand elle propose des lieux de fraternité, des gestes simples et constants: écouter, pardonner, soutenir, accompagner. On peut lire dans Romains 12:4-5 que nous formons un corps: “De même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres ne remplissent pas la même fonction, ainsi nous, qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ.” Cette image parle ici: ma force prend tout son sens au contact des autres, dans l’interdépendance. Même mes faiblesses, si elles me poussent à chercher de l’aide et à accepter l’aide des autres, deviennent un chemin pour élargir le cercle: plus d’empathie, plus de disponibilité, plus de justice.

Croire en soi, c’est aussi croire en la grâce qui travaille au-delà de mes frontières personnelles: la grâce qui pousse à rendre grâce et à agir ensemble pour le bien commun. Quand je me tiens debout, ce n’est pas pour m’élever au détriment des autres, mais pour élargir le cadre de ce qui est possible pour tous. C’est pourquoi la foi agit par l’amour (Galates 5:6). Ce n’est pas une force qui exclut; c’est une énergie qui inclut: elle invite les idées différentes, elle accueille les fragilités, elle transforme les peurs en projets concrets et solidaires. Alors, croire en soi, c’est accepter de devenir une porte ouverte: ouvert à la grâce, ouvert aux autres, prêt à bâtir des ponts là où il y a des murs.

En fin de compte, la véritable puissance n’est pas celle qui écrase, mais celle qui rassemble. Si chacun ose croire en ce qu’il est, avec humilité et discernement, alors le cercle s’élargit: les voix qui étaient muettes prennent place, les mains qui tremblaient s’assurent par un geste simple, et ensemble, on avance vers plus de justice, plus d’attention, plus de beauté humaine. Croire en soi devient ainsi une vocation: être soi, pour que tous puissent devenir eux-mêmes, et que le cercle autour de nous grandisse sans cesser d’être partagé.

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