
Le conte du jour
Il était une fois, dans une ville nichée entre deux collines, un homme qu’on appelait simplement Marco. Marco était cartographe. Son métier : dessiner des cartes. Des cartes précises, détaillées, vérifiées. Chaque sentier, chaque pont, chaque croisement — tout devait être prouvé avant d’apparaître sur ses parchemins.
Les gens de la ville adoraient ses cartes. Elles étaient fiables. Parfaites. Rassurantes.
Un matin, une jeune femme entra dans son atelier. Elle s’appelait Léa, et elle avait les yeux de quelqu’un qui a déjà décidé.
— Je cherche la rivière bleue, dit-elle simplement.
Marco fronça les sourcils.
— La rivière bleue n’existe pas sur mes cartes.
— Je sais. C’est pour ça que je te demande de venir avec moi.
Il refusa, évidemment. Comment dessiner ce qu’on n’a pas vérifié ? Comment avancer sans repères connus ? Il lui tendit ses meilleures cartes et lui souhaita bonne chance depuis le pas de sa porte.
Trois semaines passèrent. Puis Léa revint. Les joues rosées, les bottes couvertes de boue, et dans les yeux… quelque chose que Marco ne savait pas nommer.
— Alors ? demanda-t-il, presque malgré lui.
— Elle existe, dit-elle. Et elle est exactement aussi belle qu’on me l’avait dit.
Marco sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine. Pas de la jalousie. Plutôt… du manque.
— Comment tu as fait pour y aller sans carte ?
Léa posa son sac sur la table, en sortit un carnet froissé, taché, vivant.
— J’avais une direction. J’avais des gens qui l’avaient vue avant moi. Et j’avais confiance que mes pieds me porteraient jusqu’au bout.
Elle marqua une pause.
— La carte, Marco… je l’ai dessinée en marchant.
Ce soir-là, pour la première fois depuis des années, Marco rangea ses instruments. Il prit un carnet vierge. Un seul. Et le lendemain matin, avant même que la ville ne se réveille, il ouvrit sa porte et choisit une direction.
Pas de carte. Pas de certitude. Juste un pas. Puis un autre.
Quelque part devant lui, une rivière bleue attendait.
Et la plus belle carte qu’il dessina de toute sa vie… fut celle du chemin qu’il n’avait pas prévu de prendre.

Laisser un commentaire