L’Evangile

« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile » (Mc 16, 9-15)
Alléluia. Alléluia.
Voici le jour que fit le Seigneur,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
Alléluia. (Ps 117, 24)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine,
Jésus apparut d’abord à Marie Madeleine,
de laquelle il avait expulsé sept démons.
Celle-ci partit annoncer la nouvelle
à ceux qui, ayant vécu avec lui, s’affligeaient et pleuraient.
Quand ils entendirent que Jésus était vivant
et qu’elle l’avait vu,
ils refusèrent de croire.
Après cela, il se manifesta sous un autre aspect
à deux d’entre eux
qui étaient en chemin pour aller à la campagne.
Ceux-ci revinrent l’annoncer aux autres,
qui ne les crurent pas non plus.
Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes
pendant qu’ils étaient à table :
il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs
parce qu’ils n’avaient pas cru
ceux qui l’avaient contemplé ressuscité.
Puis il leur dit :
« Allez dans le monde entier.
Proclamez l’Évangile à toute la création. »
Sa réflexion
C’est étrange, non, ce samedi-là? Le jour après la fête, le vide comme un grand silence qui tient la place de tout ce qu’on a voulu croire, et pourtant, quelque chose pulse juste sous la peau des heures. On avance sans trop savoir pourquoi, avec l’impression d’être portés par des gestes minuscules: un sourire d’un voisin, le bruit des klaxons lointains qui rappelle que la vie continue, même quand nos doutes crissent dans nos tempes. On s’esquive, on revient, on se recompose. On est des vies qui se remettent en travail sans faire de bruit, comme des mains qui rangent, qui vérifient, qui se réchauffent autour d’un petit moment de répit.
Et puis il y a ce qui a été dit autrefois, et qui résonne comme une porte qui ne se ferme pas complètement: les sermons, les gestes, les regards qui ont traversé des tempêtes. Dans nos vies, ce samedi peut sembler anodin, mais il porte en lui la promesse d’un réveil. Un réveil pas spectaculaire, plutôt le genre d’éveil qui passe par des conversations légères, par une respiration plus calme, par le choix de rester, même quand l’incertitude tient la main à côté de nous. On marche avec nos propres failles, avec nos silences qui n’en finissent pas de parler. On se demande peut-être où va tout cela, et pourtant on avance, un peu comme on avance après une nuit de veille: c’est le corps qui tient, mais c’est le cœur qui guide, avec une intuition fragile mais tenace que quelque chose peut encore changer.
On regarde autour: la rue qui se remplit de gestes simples, des histoires qui se croisent, des projets qui se remettent en route. On se surprend à croire qu’il y a, quelque part, un fil qui relie nos petits actes à un tout plus grand. Et même si on n’a pas toutes les réponses, on décide, aujourd’hui, de prendre soin. De parler avec honnêteté, de pardonner sans que cela fasse mal, de demander pardon sans que la fierté s’en contente. On accepte que la vie n’est pas un chemin droit, mais un sentier dentelé où chaque pas apprend quelque chose, où chaque pas demande du courage.
Le samedi de Pâques, tel qu’évoqué par ce fragment de récit, nous rappelle que la vie est parfois fragile et surprenante, que les portes peuvent rester entrouvertes et que nos vies, même les plus ordinaires, portent une potentialité inattendue. Il suffit d’un petit geste, d’un regard, d’un mot dit ou pas dit, pour que le jour se rompe et que l’impossible rachète du sens. Alors on respire, on choisit d’être présent. On se dit qu’au-delà des peurs, il y a une promesse qui attend, prête à se lever au moment où l’on cesse d’étouffer le souffle par nos propres réserves. Et peut-être, juste peut-être, que ce samedi-là nous prépare à une grande fête intérieure qui n’est pas seulement réserve à des jours de miracle, mais qui peut fleurir ici et maintenant, dans nos vies quotidiennes.

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