
La réflexion chrétienne du jour.
Il est tard ou peut-être tôt, peu importe, on avance comme on peut, avec nos sacs lourds et nos idées qui font du bruit dans nos têtes. On croit ce qu’on voit, on ressent ce qu’on vit, et puis on se demande si tout cela, ce que je fais là, ce pourquoi je me lève, a vraiment un sens. Jésus ressuscité, on le place volontiers dans les alto et les fêtes, dans les rassemblements, dans les moments qui brillent et qui éblouissent. On l’imagine au sommet d’une montagne spirituelle, au cœur d’un miracle qui frappe, en somme loin de nos pas d’ouvrier, de mère, de père, de collègue qui sue et qui souffre parfois sans témoins. Et pourtant, c’est lui qui vient nous chercher là où notre souffle devient rumeur: sur le rivage de nos journées.
Il ne manque pas d’être là quand l’église est ouverte et les prières se disent sans hésitation. Mais il est surtout là quand on se tourne vers le quotidien et qu’on se rend compte que la fatigue est une couleur qui colle à la peau, que la routine peut être lourde, que la motivation se cache parfois derrière une porte close et qu’on a l’impression, au creux de la poitrine, de ne rien prendre, comme si tout ce qu’on semait restait invisible. C’est là, sur ce rivage où on arrive tant bien que mal après une semaine, après un coup de vent, après une journée où tout semble gagner du terrain, que Jésus ressuscité surgit sans fanfare, avec une douceur qui tranche: il est déjà là, à nos côtés, il marche à notre rythme, il demande qu’on accorde une seconde au moment présent et il propose une présence qui ne dépend ni d’un lieu sacré ni d’un miracle spectaculaire, mais d’un regard posé sur l’ordinaire.
On se surprend alors à parler à voix basse, comme à un vieil ami qui vous connaît mieux que vous ne vous connaissez vous-même. « Tu es là, hein ? » et lui répond sans bruit, peut-être dans ce souffle qui accompagne le café froid, dans l’odeur du pain qui revient du four, dans le bruit sourd d’un ordinateur qui redémarre ou d’un camion qui passe. Ce Jésus qui résiste à toute tentation d’un triomphe spectaculaire préfère rester disponible, au tournant de la vie: dans la fatigue du matin, dans la main qui tremble quand on compte les factures, dans le rire hésitant qui tente de sortir malgré tout, dans le silence qui suit une vérification de conscience. Il ne craint ni nos doutes ni nos échecs; il s’approche, contemple, répare ce qui peut l’être, et dit, sans éclats, « va » — va continuer, va espérer, va recommencer.
Il se révèle dans les gestes qui ne font pas la une. Le collègue qui couvre une pause, la mère qui réveille une cuisine, l’employé qui garde le sourire malgré le doute, ce voisin qui écoute sans juger: ces petites apparition peuvent être des apparitions réelles, des fragments de Résurrection qui n’ont pas besoin d’un étendard pour exister. Car, tout autour de nous, la vie se réanime dans les détails que nous avons appris à prendre pour acquis: un rayon de soleil dans la brume, une main tendue à un collègue, une parole qui pardonne plutôt que de répliquer, une simple invitation à rester, à écouter, à respirer.
Et parfois, on a besoin de se souvenir que le vrai miracle n’est pas un spectacle grandiose qui envahit la scène; il est un réaménagement du cœur. Jésus ressuscité ne nous attend pas seulement dans les lieux sacrés ou dans les moments qui font vibrer les émotions. Il nous attend sur le rivage de nos journées, là où l’odeur du café se mêle à la poussière du travail, là où on est fatigué et là où on a l’impression de ne rien prendre. Il est là, présent dans le souffle qui se reprend, dans le regard qui se pose sur l’autre, dans la patience qui s’ouvre après une défaite. Il est là, aussi sûrement que le jour succède à la nuit, à chaque reprise, à chaque retour, à chaque “encore” qu’on se permet.
Alors peut-être qu’un jour, on réalisera que les grands miracles ne sont pas devenus lointains, mais incarnés dans ces minutes simples où l’on choisit d’aimer, de pardonner, de recommencer. Et ce jour-là, on pourra dire, sans fioritures: Jésus ressuscité marche avec moi, aujourd’hui, sur le trottoir, dans le bruit du travail, dans la fatigue qui me rend humain, sur le rivage qui reçoit mes pas et me rappelle que la vie peut recommencer, même quand tout annonce la fin. On peut alors accueillir une résurrection qui ne cesse pas de se manifester, étape après étape, lieu après lieu, habitant chaque jour de notre vie avec une présence qui ne demande qu’à être reconnue, confessée, partagée. Et ce vécu-là, ce quotidien transfiguré, peut devenir le lieu où l’on ne cesse jamais de chercher, et où l’on découvre, encore et encore, que la vie, vraiment, ne s’éteint pas quand on est fatigué, mais qu’elle peut renaître, patiemment, dans le regard qu’on porte.

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