L’Evangile

« Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (Mt 28, 8-15)

Alléluia. Alléluia.
Voici le jour que fit le Seigneur,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
Alléluia. (Ps 117, 24)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange,
vite, elles quittèrent le tombeau,
remplies à la fois de crainte et d’une grande joie,
et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre
et leur dit :
« Je vous salue. »
Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds
et se prosternèrent devant lui.
Alors Jésus leur dit :
« Soyez sans crainte,
allez annoncer à mes frères
qu’ils doivent se rendre en Galilée :
c’est là qu’ils me verront. »
Tandis qu’elles étaient en chemin,
quelques-uns des gardes allèrent en ville
annoncer aux grands prêtres tout ce qui s’était passé.
Ceux-ci, après s’être réunis avec les anciens
et avoir tenu conseil,
donnèrent aux soldats une forte somme
en disant :
« Voici ce que vous direz :
“Ses disciples sont venus voler le corps,
la nuit pendant que nous dormions.”
Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur,
nous lui expliquerons la chose,
et nous vous éviterons tout ennui. »
Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions.
Et cette explication s’est propagée chez les Juifs
jusqu’à aujourd’hui.

Sa réflexion.

Ce lundi de Pâques, on se retrouve au cœur d’un matin fragile et lumineux à la fois. On connaît l’histoire, on l’a peut-être répétée comme un refrain, mais là, ce matin-là, elle nous parle autrement: la peur qui s’accroche à nos pas, le doute qui insiste, et puis, soudain, la présence qui renverse tout. Dans le texte, les femmes vont au tombeau avec leur science et leur fatigue, et elles se heurtent à une surprise qui dépasse leurs mots: le tombeau est vide, et une présence les accueille. C’est comme si nos vies, trop souvent planifiées et mesurées, recevaient un coup de pouce divin qui désaccorde nos certitudes. On a tous des tombes personnelles : des projets qui n’ont pas pris, des blessures qui ne cicatrisent pas, des peurs qui se répètent. Et pourtant, là, dans ce matin-là, il y a cette annonce qui ne s’attend pas à notre logique humaine: « Il est ressuscité ». Pas de gloire triomphante sans douleur, pas de victoire sans pas dans la nuit. Jésus ne ressort pas d’un tombeau comme s’il remettait simplement un coup de peinture à la vie; il réinvente la relation avec lui et avec les autres. Il demande aux femmes d’aller porter la bonne nouvelle, et c’est là tout le miracle: le message ne dépend pas des capacités de persuasion d’un seul, mais d’un témoignage partagé par des témoins qui ont vu, qui ont touché, qui ont entendu.

À chacun de nous, ce matin, est adressée une invitation très simple et très radicale: ne pas rester paralysé par la peur, mais se laisser surprendre par la gratuité de l’amour qui refuse de se taire. Le récit nous rappelle que la foi ne consiste pas à trouver une solution parfaite à nos questions, mais à accepter d’être envoyés, à devenir autant de messagers fragiles et courageux à la fois. Nous sommes appelés à sortir de nos tombes personnelles, à quitter les lieux où l’on regarde le monde avec suspicion ou résignation, et à marcher dans la lumière qui naît au cœur de la tristesse. Et si, comme les femmes, nous prenons le risque de parler de ce que nous avons vu, peut-être que d’autres croiseront notre chemin et entendront le même appel: ne pas se contenter de survivre, mais vivre de la vie qui fait lever les pierres et qui donne de la joie même dans la fatigue.

Ce qui me touche le plus, c’est que la résurrection n’est pas une théorie abstraite: elle se vit dans le quotidien. C’est la façon dont on accueille une personne qui nous attend au coin de la rue après une journée longue, la manière dont on pardonne une erreur qui revient, la manière dont on choisit de recommencer après un échec, pas à pas, sans tout arrêter pour tout recommencer d’un seul coup. La résurrection, c’est aussi la proposition d’un regard neuf sur les autres et sur soi: croire que la vie peut se déployer autrement, même lorsque tout semble terminé. Alors oui, ce lundi de Pâques, nous sommes invités à faire un pas—petit, incertain peut-être—vers cette surprise qui réconcilie le passé et l’avenir, vers ce message qui nous libère de la peur et nous envoie vers les autres avec une parole qui guérit, même si elle tremble encore dans la voix.

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