
Ma réflexion du jour.
Comment puis-je aimer aujourd’hui, même si cela me coûte? C’est une question qui peut paraître simple et puis qui dérange tout ce qu’on croit être possible ou normal. Dans nos vies, on est pris entre ce qu’on voudrait et ce que l’évidence réclame. On dit souvent que l’amour, c’est gratuit, que ça vient quand ça vient, sans qu’on ait à lever le petit doigt. Et puis, sans qu’on s’en rende vraiment compte, on se retrouve à faire semblant: un message rapide envoyé, un sourire en coin, un “tout va bien” qui ne dit pas grand-chose. On sait tous que ce n’est pas tout à fait ça.
Aujourd’hui, aimer, c’est peut-être accepter de ne pas tout contrôler: le temps, l’humeur de l’autre, le cadre dans lequel on est amené à agir. Aimer, ce n’est pas un investissement sans risque. C’est parfois accepter que nos propres plans prennent un tournant, que notre énergie s’épuise, et que l’autre puisse ne pas réciproquer comme on l’espérait. Mais aimer, c’est aussi décider que ce coût ne vaut pas être écarté. Parce que le vrai prix, ce n’est pas le temps ou l’argent coûté; c’est le coût de se couper de ce qui nous rend vraiment vivants: la connexion, la confiance, l’accueil.
Alors, comment faire, aujourd’hui, pour aimer même si cela coûte? D’abord, commencer par ce petit choix concret: être là, vraiment là, sans chercher à résoudre tout de suite. Juste écouter. Écouter sans préparer la réponse ou l’éclair de génie qui va sauver la conversation. Écouter, et puis peut-être dire quelque chose qui vaut la peine d’être entendu, pas quelque chose de poli mais du genre “je te vois, je suis présent”. Ensuite, donner ce que l’on a, même si ce n’est pas grand: un coup de main pour avancer une tâche, une écoute attentive, un coin de temps où l’on met de côté ses propres urgences pour tenir l’espace de l’autre. Ce coût-là peut être petit, mais c’est exactement là qu’il se révèle: dans les gestes simples qui ne cherchent pas à impressionner, mais à soutenir.
Parfois aimer coûtera de la patience: l’autre est lent, hésitant, ou peut se fermer. Dans ces moments-là, aimer, c’est persévérer sans forcer, sans éteindre la lumière de la relation par nos propres réactions. C’est aussi accepter que l’amour n’est pas une recette: il se réinvente à chaque rencontre, au fil des jours, des malentendus et des réconciliations. Aimer aujourd’hui peut aussi signifier dire non à ce qui nous ronge: au besoin de tout contrôler, à la peur du manque, à l’envie de fuir quand la tension monte. Cela coûte, oui, mais ce coût garde vivante la possibilité d’un lien qui compte vraiment.
Et puis aimer, c’est aussi apprendre à se pardonner soi-même quand on échoue. Parce que le coût se mesure aussi à notre capacité à rester vulnérable, à reconnaître qu’on ne sait pas tout faire, qu’on peut se tromper, et que dire “désolé” ou “tu as raison” est parfois le geste le plus costaud qu’on puisse faire. Aimer aujourd’hui, ce peut être un petit pas vers plus de simplicité: pas de grand drame, juste une intention, une action qui confirme qu’on choisit le lien plutôt que le confort immédiat.
Au final, aimer aujourd’hui signifie reconnaître que le coût de l’amour n’est pas une punition mais une manière d’être fidèle à quelque chose qui nous dépasse: la dignité de l’autre et la nôtre propre. Cela peut toucher des domaines variés: une relation proche, un collègue, un voisin, un inconnu qui traverse une crise. Chacun peut trouver son “coût” qui fait sens: prendre un appel qui durera plus longtemps que prévu, garder un espace d’écoute, partager ce que l’on a sans attendre en retour, ou simplement rester présent même quand tout le monde préfère ignorer.
Alors, pourquoi ne pas tenter aujourd’hui ce petit pari: choisir délibérément de aimer, malgré le prix, et observer ce qui change, non seulement chez l’autre, mais aussi en nous? Parce que l’amour qui coûte est peut-être le seul qui puisse donner du poids à nos jours et, par ricochet, à nos villes, nos familles et nos trajectoires. Et si, au terme de la journée, on découvre que ce coût était aussi une économie: celle de la douceur, de la vérité et d’un peu plus de liberté intérieure.

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