L’Evangile
« C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère » (Mt 18, 21-35)

Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté !
Maintenant, dit le Seigneur,
revenez à moi de tout votre cœur,
car je suis tendre et miséricordieux.
Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté ! (cf. Jl 2, 12b-13c)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander :
« Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi,
combien de fois dois-je lui pardonner ?
Jusqu’à sept fois ? »
Jésus lui répondit :
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
mais jusqu’à 70 fois sept fois.
Ainsi, le royaume des Cieux est comparable
à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commençait,
quand on lui amena quelqu’un
qui lui devait dix mille talents
(c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser,
le maître ordonna de le vendre,
avec sa femme, ses enfants et tous ses biens,
en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds,
le serviteur demeurait prosterné et disait :
“Prends patience envers moi,
et je te rembourserai tout.”
Saisi de compassion, le maître de ce serviteur
le laissa partir et lui remit sa dette.
Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons
qui lui devait cent pièces d’argent.
Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant :
“Rembourse ta dette !”
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait :
“Prends patience envers moi,
et je te rembourserai.”
Mais l’autre refusa
et le fit jeter en prison
jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.
Ses compagnons, voyant cela,
furent profondément attristés
et allèrent raconter à leur maître
tout ce qui s’était passé.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit :
“Serviteur mauvais !
je t’avais remis toute cette dette
parce que tu m’avais supplié.
Ne devais-tu pas, à ton tour,
avoir pitié de ton compagnon,
comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?”
Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux
jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.
C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera,
si chacun de vous ne pardonne pas à son frère
du fond du cœur. »
Sa réflexion
Parfois, on pense que le pardon, c’est pour les grands qui savent déjà aimer. Dans cet évangile, Pierre propose une règle prête-à-porter: “combien de fois dois-je pardonner ? sept fois ?” Jésus répond presque avec un sourire: non, pas sept fois, mais soixante-dix fois sept, autrement dit sans compter. Il raconte alors la parabole du serviteur qui, après avoir reçu une énorme dette de son maître, se montre impitoyable avec un autre serviteur qui lui doit une somme minuscule. Ça montre quelque chose de simple et d’éducatif à la fois: on est bien plus vite prêt à être miséricordieux quand on se souvient de ce qu’on a reçu, que quand on se concentre sur ce que les autres nous doivent.
Ça parle aussi de nos vies quotidiennes. On porte tous des dettes invisibles: des fautes qu’on a commises, des mots blessants qu’on a dits, des occasions manquées. On sait combien il peut être difficile d’accepter le pardon ou d’en demander, surtout quand on a été blessé ou humilié. Et puis il y a l’autre côté: pardonner n’est pas effacer ce qui est blessant, ni minimiser la gravité d’un tort, mais c’est choisir de ne pas enfermer l’autre dans la cage de notre colère. C’est une libération qui nous dépasse: quand on pardonne, on enlève des chaînes qui pesaient sur notre cœur et sur nos relations.
Dans notre vie, cela peut se traduire par des petits gestes simples: regarder quelqu’un dans les yeux quand on désamorce une tension, dire “désolé” quand on a blessé, ou choisir d’écouter l’autre sans chercher à gagner la discussion. Le pardon n’est pas un feu qui s’éteint d’un coup, c’est une braise qui peut réchauffer une relation, puis qui peut même réchauffer notre propre cœur. Dieu ne nous attend pas pour juger, mais pour nous aider à aimer. Et cet amour, il le partage d’abord avec nous, pour que nous puissions ensuite le donner autour de nous, pas à la moitié, mais jusqu’au bout.
Réflexion en lien avec nos vies: le pardon est une pratique quotidienne, une discipline d’attention et de libération. Quand on s’en rue sur la liste de nos “dettes” et de nos “êtres en tort”, on peut choisir l’autre voix: celle qui dit “tu as reçu du cœur, alors donne du cœur.” Cela demande du courage, car pardonner peut réveiller des blessures, mais c’est aussi la voie qui nous libère vraiment, personnellement et collectivement.

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