L’Evangile

« Va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5, 20-26)

Ta parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.

Rejetez tous les crimes que vous avez commis, 
faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau.
Ta parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.
(Ez 18, 31)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Je vous le dis :
Si votre justice ne surpasse pas
celle des scribes et des pharisiens,
vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens :
Tu ne commettras pas de meurtre,
et si quelqu’un commet un meurtre,
il devra passer en jugement.
Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui se met en colère contre son frère
devra passer en jugement.
Si quelqu’un insulte son frère,
il devra passer devant le tribunal.
Si quelqu’un le traite de fou,
il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel,
si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande, là, devant l’autel,
va d’abord te réconcilier avec ton frère,
et ensuite viens présenter ton offrande.
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire
pendant que tu es en chemin avec lui,
pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge,
le juge au garde,
et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis :
tu n’en sortiras pas
avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »

Sa réflexion

En ce premier vendredi de Carême, l’Evangile nous rappelle une exigence qui dépasse les apparences. Jésus affirme: « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 5,20). Cette phrase peut sembler sévère. Elle nous révèle pourtant une grande miséricorde: Dieu ne se satisfait pas d’un respect strict des règles, aussi légitime soit-il; Il veut une justice vivante, une justice qui naît du cœur.

Jésus élargit le champ de la justice à la vie relationnelle: la colère, les insultes, le regard accusateur et les accusations portées contre l’autre deviennent des fruits qui pervertissent notre offrande à Dieu. Si je viens au front avec mes prières et mes dons, mais que mon cœur est enfermé dans la rancune ou la volonté de blesser l’autre, alors mon sacrifice manque sa force. L’amour de Dieu, qui est amour miséricordieux, se révèle surtout dans la manière dont nous cherchons et obtenons la réconciliation.

Le chemin proposé est simple mais exigeant: avant d’offrir quelque chose à Dieu, prendre l’initiative de soigner nos relations. « Mets-toi d’accord rapidement avec ton adversaire », dit Jésus. Cela n’efface pas les blessures ni les injustices, mais c’est la voie humble par laquelle la justice véritable peut se déployer: une justice qui réconcilie, qui restaure la dignité, qui remet le premier pas dans les mains de Dieu.

Carême est le temps idéal pour apprendre cette logique. Ce n’est pas une discipline purement ascétique, mais une école de miséricorde où l’on apprend à regarder l’autre comme frère et sœur, même lorsque la relation est fragile. Si nous arrivons à pardonner et à chercher la paix, nous ne faisons pas seulement du bien à l’autre; nous ouvrons nos cœurs à la paix de Dieu, et nous nous donnons la grâce d’être réellement préparés à la Pâque.

À chacun d’entre nous, Jésus adresse un appel personnel: quelle relation ai-je besoin de réconcilier aujourd’hui? Avec qui ai-je besoin de tendre la main? Quelle parole, quel acte, quelle démarche concrète puis-je poser pour libérer le cœur et recevoir la joie d’être reconciliés avec Dieu et avec les autres?

Prions pour la grâce d’une justice qui vient du cœur, pour la force d’aller vers l’autre avec manque d’orgueil et ouverture à la vérité. Que ce Carême soit une école de réconciliation, afin que nos actes et nos prières ne soient pas des façades, mais la respiration d’un amour qui transforme.

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