L’Evangile

« À cette génération il ne sera donné que le signe de Jonas le prophète » (Lc 11, 29-32)


Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté !

Maintenant, dit le Seigneur,
revenez à moi de tout votre cœur,
car je suis tendre et miséricordieux.
Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté !
(cf. Jl 2, 12b.13c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
comme les foules s’amassaient,
Jésus se mit à dire :
« Cette génération est une génération mauvaise :
elle cherche un signe,
mais en fait de signe
il ne lui sera donné que le signe de Jonas.
Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ;
il en sera de même avec le Fils de l’homme
pour cette génération.
Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera
en même temps que les hommes de cette génération,
et elle les condamnera.
En effet, elle est venue des extrémités de la terre
pour écouter la sagesse de Salomon,
et il y a ici bien plus que Salomon.
Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront
en même temps que cette génération,
et ils la condamneront ;
en effet, ils se sont convertis
en réponse à la proclamation faite par Jonas,
et il y a ici bien plus que Jonas. »

Sa réflexion

On est parfois là, au milieu du quotidien, et on a cette impression d’être aveuglés par ce qu’on croit connaître. On voudrait des signes spectaculaires, des miracles qui nous garantissent que tout va bien. On dirait: “Montre-nous quelque chose de grand, donne-nous une preuve nette, et alors on croira.” Et puis Jésus, tranquille, ne tombe pas dans ce piège. Il ne répond pas par un feu d’artifice, mais par une invitation à regarder autrement ce qui nous entoure.

Les habitants de Ninive, dit-il, se sont rependus en habits sales, ont crié vers Dieu, et ça a été suffisant pour que Dieu les regarde différemment. Pas parce qu’ils avaient été parfaits, mais parce qu’ils ont entendu l’appel, ils ont osé changer, même tard dans leur vie. Et la reine de Saba, elle vient de loin pour chercher la sagesse, par curiosité, par humilité devant ce qui peut nourrir son esprit et son cœur. Ce ne sont pas des héros en flight, ce sont des personnes qui ont une soif de sens, qui savent qu’ils ne savent pas tout et qui prennent le risque de changer d’attitude.

Alors nous, dans nos vies qui paraissent bien rangées, peut-être que le vrai signe qu’on attend, il n’est pas un miracle spectaculaire. Il est dans notre capacité à regarder notre propre lumière intérieure: est-ce que notre œil, notre regard, est encore capable de recevoir la vie comme elle se donne, sans filtre trop rigide? Si l’œil est sain, tout le corps est éclairé; si l’œil est fermé, tout se brouille, même les petites choses qui pourraient nous guider.

C’est comme une invitation à la sobriété du cœur: ne pas exiger que Dieu fasse comme on voudrait, mais accepter de recevoir, de se laisser surprendre par des gestes simples—un sourire partagé dans la rue, une parole reçue avec douceur, une porte qui s’ouvre juste assez pour nous laisser avancer. Le Carême n’est pas une épreuve qui punisse; c’est une invitation à dépouiller ce qui nous encombre pour laisser davantage de place à la lumière.

Et puis, ce passage nous remet face à notre besoin de signe. Peut-être que le signe le plus authentique, pour aujourd’hui, c’est la cohérence entre ce que l’on croit et ce que l’on vit au quotidien: la patience qui ne cède pas à l’indifférence, la compassion qui ne cède pas à la comparaison, la vérité qui ne cède pas à la facilité des jugements rapides. Si, dans nos choix, on peut garder la lucidité et la douceur, alors même les petites lumières qui passent peuvent devenir des feux qui éclairent les autres aussi.

En somme, ce texte nous dit: ne vous fiez pas uniquement à ce qui crie le plus fort; cherchez plutôt ce qui touche le cœur, ce qui vous ouvre à la vie et à l’autre. Et si votre regard est clair—pas naïf, mais capable de voir au-delà des apparences— alors vous verrez que le royaume peut arriver, pas comme un orage, mais comme un lever de soleil qui réchauffe doucement.

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