Le lundi, mardi, mercredi, on se dit souvent: “c’est le moment de remettre de l’ordre dans mes priorités”, mais le carême, lui, nous pousse à faire autrement: pas une liste de bonnes résolutions qui se dissolvent après deux semaines, plutôt une préparation qui réoriente le cœur.

Ce premier dimanche du Carême A, c’est comme une porte qui s’ouvre sur une période où l’on se rend compte que tout peut être tentant: le confort, les excuses, le “je mérite bien un petit plaisir”. Matthieu 4, 1-11 nous met face à trois tentations du désert que Jésus traverse: la sécurité matérielle, le pouvoir et la gloire, et le détour par la facilité en dehors de la relation avec Dieu. Et si on se regardait avec honnêteté: où suis-je tenté le plus souvent de chercher ma sécurité, ma valeur, ma réussite, sans trop regarder Dieu ou les autres?

Comment se préparer concrètement, dans nos vies de tous les jours, pour vivre ce dimanche et ce temps qui s’ouvre?

  1. Repérer mes “déserts intérieurs”
  • Prenons un moment pour identifier nos petits déserts personnels: le boulot qui écrase tout, les dépendances qui nous donnent l’illusion d’un contrôle, les habitudes qui nous empêchent d’être disponibles pour les autres, le besoin d’être reconnu ou d’avoir raison à tout prix.
  • Écrire ou dire à voix basse ce qui me pousse à douter de l’amour gratuit de Dieu: “Est-ce que Dieu peut me combler vraiment, ou est-ce que je dois me débrouiller seul?”
  1. Poser le cadre de la tentation sans s’y identifiant entièrement
  • La tentation n’est pas un aveu de faiblesse; c’est une réalité à nommer pour mieux la transcender. En carême, on peut dire: “Oui, je connais cette tentation, et je choisis d’œuvrer autrement.”
  • Mettre en place une petite barrière concrète: par exemple, limiter l’usage des réseaux sociaux quand je suis mal à l’aise, ou décider d’un moment de silence avant de répondre à une situation tendue au travail ou en famille.
  1. Recentrer sa nourriture spirituelle et ses habitudes
  • Jésus répond à chaque tentation par une parole adoptée dans le Deutéronome et par une pratique simple mais radical: la Parole de Dieu et la prière.
  • Plan pratique: choisir une parole ou une promesse de Dieu qui me rejoint, et la répéter comme une ancre dans les moments de tentation. Exemple: “Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien” (Psaume 23) ou “Mon secours vient du Seigneur” (Psaume 121).
  • Méditer aussi sur l’Evangile: lire Mt 4, 1-11 à voix haute, prendre le temps de s’arrêter sur chaque tentation et l’éclairage donné par Jésus.
  1. Pas seul dans ce chemin
  • Le désert n’est pas une épreuve solitaire si on l’accueille comme une marche vers une relation plus intime avec Dieu et avec les autres.
  • Partager avec quelqu’un de confiance une “tentation récurrente” permet d’être soutenu, d’avoir un regard extérieur et d’engager une mémoire de prière (ex.: dire ensemble une prière, prier pour la personne ou se donner des rendez-vous spirituels).
  1. Mettre une action concrète à la fin de chaque semaine
  • Le carême n’est pas une liste de renoncements déprimants, mais une reconstruction pas à pas. Choisir une action concrète qui promeut l’attention à l’autre: appeler un proche isolé, faire une bonne action spontanée, offrir du temps à une association, ou préparer un repas pour quelqu’un qui en a besoin.
  • Cette action devient le signe visible que je choisis une voie qui n’est pas centrée sur moi-même.
  1. Accepter la transition et la fragilité
  • On peut être tenté de croire que le carême est une montagne à gravir en imposant une discipline sévère. En réalité, c’est une lente montée dans laquelle Dieu marche avec moi. Si je « échoue » un jour, je me releve, et je reprends le chemin sans me flageller.

Et si on devait résumer en une phrase pratique pour ce premier dimanche:

  • “Prenons conscience de nos tentations, choisissons une Parole qui nous nourrit, et posons une petite action qui nous remet, chaque semaine, sur le chemin d’un cœur plus libre et plus attentif à Dieu et aux autres.”

Quelques idées simples à mettre en œuvre dès cette semaine:

  • Au lieu de commencer par une longue prière, commencer par 5 minutes de silence et une phrase de la Bible qui parle à ta situation.
  • Choisir une “résolution de secours”: si tu es tenté de te replier sur toi-même, appelle quelqu’un ou envoie un message à quelqu’un qui a besoin d’un coup de pouce.
  • Créer un moment de partage: un repas ou une discussion avec quelqu’un qui a besoin d’écoute, afin que ce temps de carême ne soit pas seulement intérieur mais aussi relationnel.

Laisser un commentaire