L’Evangile

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6,1-6.16-18)

Ta Parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.

Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Ta Parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.
(cf. Ps 94, 8a.7d)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Ce que vous faites pour devenir des justes,
évitez de l’accomplir devant les hommes
pour vous faire remarquer.
Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous
auprès de votre Père qui est aux cieux.

Ainsi, quand tu fais l’aumône,
ne fais pas sonner la trompette devant toi,
comme les hypocrites qui se donnent en spectacle
dans les synagogues et dans les rues,
pour obtenir la gloire qui vient des hommes.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
Mais toi, quand tu fais l’aumône,
que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,
afin que ton aumône reste dans le secret ;
ton Père qui voit dans le secret
te le rendra.

Et quand vous priez,
ne soyez pas comme les hypocrites :
ils aiment à se tenir debout
dans les synagogues et aux carrefours
pour bien se montrer aux hommes
quand ils prient.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
Mais toi, quand tu pries,
retire-toi dans ta pièce la plus retirée,
ferme la porte,
et prie ton Père qui est présent dans le secret ;
ton Père qui voit dans le secret
te le rendra.

Et quand vous jeûnez,
ne prenez pas un air abattu,
comme les hypocrites :
ils prennent une mine défaite
pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
Mais toi, quand tu jeûnes,
parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;
ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes,
mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ;
ton Père qui voit au plus secret
te le rendra. »

Sa réflexion

Quand on parle de carême, on pense tout de suite à quelque chose de spirituel, de lourd peut-être. Mais pour moi, cette période commence par un petit retour en arrière sur nos gestes du quotidien. Dans l’évangile de Matthieu, Jésus dit clairement: “Prenez garde de ne pas pratiquer votre justice devant les hommes pour être vus par eux.” En clair: ce qui compte, ce n’est pas la performance extérieure, ce que les autres peuvent constater. Ce qui compte, c’est ce qui se joue dans le cœur lorsque personne ne regarde.

On peut se dire: oui, mais alors, chacun peut faire ce qu’il veut, du moment que ça reste privé. Or Jésus pousse plus loin: même dans le privé, même quand on se met à prier ou à donner, il faut que ce soit vrai, authentique. Parce que c’est là, dans le secret, que se joue le moteur. Si c’est juste pour la démonstration, la valeur disparaît comme un mirage. Le texte nous montre trois domaines: la prière, l’aumône, le jeûne. Trois façons concrètes de se mettre en relation avec Dieu et avec les autres, et trois façons où le risque est grand de tomber dans l’apparence.

Dans le premier temps, la prière. Jésus dit d’entrer dans sa chambre, fermer la porte, et prier en secret. Pas pour impressionner les voisins ou pour recueillir des “likes” spirituels. Ça résonne fort avec nos vies: parfois, on arrive à la messe ou à la prière en groupe et on peut avoir l’air d’être quelqu’un de bien, mais ce qui compte, c’est ce qui se passe quand on est seul, avec nos pensées, nos faiblesses, nos questions. Le « secret » n’est pas une privatisation sterile, c’est la place où Dieu peut toucher ce qui ne peut être dit à personne, où l’on répond à l’appel à être soi-même.

Puis l’aumône. Jésus insiste pour que ce que l’on donne ne soit pas exhibé. Pas d’option “écrire le nom sur le tableau” quand on donne. Il invite à la discrétion, pour que le acte soit libre de tout calcul. Dans nos vies, cela peut se traduire par une générosité qui ne cherche pas la reconnaissance: un petit aide à quelqu’un de voisin, un geste spontané à un collègue, un don fait sans “souffle” médiatique. Le Carême peut être l’occasion de repenser nos habitudes: sommes-nous encore dans la logique du “je donne pour qu’on me voie comme généreux” ou sommes-nous dans la joie de faire le bien sans rien attendre?

Enfin le jeûne. Ce n’est pas seulement se priver, c’est apprendre à réorienter notre faim: ce que je désire le plus ne soit pas l’apparence ou le confort, mais la justice, la paix, la tendresse. Le jeûne peut devenir une façon de se rappeler que notre besoin premier n’est pas l’approbation des autres ni le confort matériel, mais la présence qui nous soutient. Le Carême, ici, devient une invitation à écouter ce que notre corps et notre quotidien nous disent sur nos priorités. Si je suis fatigué d’être “quelqu’un de bien” en public, peut-être que le jeûne m’aide à écouter ce qui me manque vraiment: une relation authentique, une réconciliation, une parole qui libère.

Et Jésus conclut, dans l’évangile de Matthieu: quand vous faites ces choses, ne montrez pas faux-fuyant. Ne vous organisez pas pour que tout le monde vous voit. Mais que votre prière, votre don, votre jeûne soient comme des gestes simples, sans artifice, qui ouvrent la porte à Dieu et qui réchauffent les autres sans les mettre en arrière-plan.

Alors, que pourrait être notre première intention de Carême, si l’on part de ce texte? Peut-être quelque chose comme: “Je ne cherche pas l’approbation des autres, mais l’approbation de Dieu qui voit ce qui se passe dans mon cœur quand je suis seul.” Ou encore: “Je veux que mes gestes de foi soient lisibles par ceux qui me connaissent le moins, parce qu’ils voient un esprit qui cherche la vérité plus que l’apparence.”

Le premier jour du Carême peut devenir ainsi le point de départ d’un chemin où chaque acte, aussi petit soit-il, devient une façon de dire: “Je suis là, avec mes limites, et je veux avancer vers plus d’authenticité.” Pas pour impressionner, pas pour gagner des points, mais pour aimer davantage, en vérité, jour après jour.

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