L’Evangile

« Prenez garde au levain des pharisiens et au levain d’Hérode ! » (Mc 8, 14-21)

Alléluia. Alléluia.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ;
mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui.
Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

    En ce temps-là,
    les disciples avaient oublié d’emporter des pains ;
ils n’avaient qu’un seul pain avec eux dans la barque.
    Or Jésus leur faisait cette recommandation :
« Attention ! Prenez garde au levain des pharisiens
et au levain d’Hérode ! »
    Mais ils discutaient entre eux sur ce manque de pains.
    Jésus s’en rend compte et leur dit :
« Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pains ?
Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ?
Vous avez le cœur endurci ?
   Vous avez des yeux et vous ne voyez pas,
vous avez des oreilles et vous n’entendez pas !
Vous ne vous rappelez pas ?
    Quand j’ai rompu les cinq pains pour cinq mille personnes,
combien avez-vous ramassé
de paniers pleins de morceaux ? »
Ils lui répondirent :
« Douze.
    – Et quand j’en ai rompu sept pour quatre mille,
combien avez-vous rempli de corbeilles
en ramassant les morceaux ? »
Ils lui répondirent :
« Sept. »
    Il leur disait :
« Vous ne comprenez pas encore ? »

Sa réflexion

Tu sais, il y a un petit épisode dans l’évangile où les disciples oublient d’emporter du pain pour le voyage. Jésus les avertit: « Faites attention à ce que vous n’ayez pas le cœur rebuté par l’abondance des plaisirs, par l’ivresse et les soucis de la vie » et puis il rappelle que le pain, ils n’en parlent que parce qu’ils ont oublié le symbole du miracle passé: « Vous avez encore du pain, mais vous ne voyez pas le signe à votre porte. » (version libre, mais l’idée est là). Puis il demande: « Vous discernez encore? Vous avez les yeux, mais vous ne voyez pas; vous avez les oreilles, mais vous n’entendez pas ? »

Ce passage, même s’il est court, résonne comme un rappel très concret dans nos vies modernes. On peut se dire: oui, pas mal de jours où on s’inquiète du vent et de la pluie du lendemain, où on surveille les chiffres, les messages, les deadlines, et où l’essentiel s’efface sous le bruit. Jésus leur reproche avec une tendresse: « mais vous êtes avec moi, vous avez vu des choses incroyables, et pourtant vous avez peur de quelques difficultés matérielles ». C’est un peu comme nos propres « oublis »: on oublie parfois de se rappeler les petites grâces qui nous entourent, on s’enlise dans le concret sans reconnaître le miracle du quotidien.

Et puis j’aime ce moment où il les force à regarder ce qui est devant eux: le pain n’est pas une métaphore abstraite, c’est leur nourriture, leur nécessité. Mais Jésus en profite pour parler de la foi comme d’un regard qui ne se limite pas à ce que l’on peut toucher ou compter. Voir au-delà du calcul, entendre au-delà du bruit des chaînes. C’est ça, le vrai défi: garder les yeux ouverts sur ce qui dépasse l’immédiat.

Si on essaie de transposer ça dans nos vies, on peut formuler quelques temps de réflexion simple et pratique:

  • Prenons un instant pour faire l’inventaire de ce qui alourdit notre cœur: anxiétés, fatigue, préjugés, mélancolie. Qu’est-ce qui occupe tout l’espace et nous empêche d’entendre l’instant présent comme un « signe »?
  • Qu’est-ce qui nous donne de la vie, même dans les petites choses: un sourire, une aide reçue, un moment de silence, une conversation sincère? C’est peut-être la « nourriture » qui maintient notre conscience éveillée.
  • Comment cultiver une curiosité humble: plutôt que de juger rapidement les situations comme « impossibles », on peut se demander « où est la lueur de sens ici ? quelle réalité plus vaste puis-je entrevoir ? ».

On peut aussi penser à nos propres « miracles passés ». Dans chaque vie, il y a des moments où on a été surpris par une aide inattendue, un cœur qui s’est ouvert, une porte qui s’est ouverte au dernier moment. Si on prend le temps de les reconnaître et de les remercier, cela peut transformer notre manière d’aborder les difficultés présentes. Le texte nous invite à ne pas réduire notre foi à un règlement ou à un protocole, mais à redonner vie à notre regard: être attentif, capable d’étonnement, même quand le pain manque ou que le chemin semble long.

Pour finir, une manière simple de mettre ça en pratique dans la semaine:

  • Chaque soir, prendre 2 minutes pour noter une « trace de miracle »: un petit signe de bonté, une aide reçue, un moment de calme, une réponse inattendue.
  • À midi, prendre une respiration consciente et se demander: « Qu’est-ce qui me rappelle que je ne suis pas seul dans ce pas de vie ? »
  • Dans une situation tendue ou épuisante, faire l’effort de nommer une chose qui échappe au calcul: « Je peux voir que même ici, il y a quelque chose qui me dépasse et qui me donne la force de continuer ».

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