L’Evangile

« Il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 31-37)

Alléluia. Alléluia.
Seigneur, ouvre notre cœur
pour nous rendre attentifs aux paroles de ton Fils.
Alléluia. (cf. Ac 16, 14b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là,
    Jésus quitta le territoire de Tyr ;
passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée
et alla en plein territoire de la Décapole.
    Des gens lui amènent un sourd
qui avait aussi de la difficulté à parler,
et supplient Jésus de poser la main sur lui.
    Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule,
lui mit les doigts dans les oreilles,
et, avec sa salive, lui toucha la langue.
    Puis, les yeux levés au ciel,
il soupira et lui dit :
« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
    Ses oreilles s’ouvrirent ;
sa langue se délia,
et il parlait correctement.
    Alors Jésus leur ordonna
de n’en rien dire à personne ;
mais plus il leur donnait cet ordre,
plus ceux-ci le proclamaient.
    Extrêmement frappés, ils disaient :
« Il a bien fait toutes choses :
il fait entendre les sourds et parler les muets. »

Sa réflexion

On dit souvent que la parole peut nous sauver ou nous sauver d’un endroit où on ne sait plus où aller. Dans ce texte, Jésus prend un homme qui ne peut pas parler et qui peut être pris dans le bruit des opinions, des jugements, des silences qui pèsent. Il le prend par la main, et il le conduit hors de la foule. Déjà, il y a cette image du geste simple: une main tendue, pas un grand discours, pas une démonstration spectaculaire. Juste un geste qui dit: « Je suis avec toi. Tu n’es pas seul ».

Puis, il met les doigts dans l’oreille et il touche la salive sur la langue. On peut lire ça comme une façon très concrète de dire: parfois, ce qui nous empêche de parler, ce qui bouche notre voix, c’est une sorte de blocage intérieur, un mélange de peur, de honte, ou d’habitudes qui nous font croire que notre voix ne compte pas. Jésus ne se contente pas de parler plus fort pour imposer sa vérité; il agit sur les lieux où se forme et se ferme la parole: l’ouïe et la langue, les sens même par lesquels nous recevons et exprimons ce que nous sommes.

Et puis, au souffle, la voix se réveille. Le texte insiste sur ce mot: « Effaume, effaume » – ou plutôt le son “éffatha” dans les anciennes traductions, souvent rendu par « ouvre-toi ». Il y a dans cette formule une invitation à la reconnaissance: ce qui était muet peut parler, ce qui était enfermé peut sortir, ce qui était sourd peut être entendu à nouveau. Cela n’arrive pas par nos efforts personnels seuls; il y a une dynamique de rencontre: Jésus parle, il agit, et l’homme se met à parler. Il y a une re-naissance du souffle et de la voix.

Dans nos vies, ce passage résonne comme un rappel que la guérison n’est pas seulement l’élimination d’un symptôme (une parole qui ne vient pas, un geste qui manque), mais un ré-entrainement du corps et de la parole à se mettre en relation avec le monde. Parfois, on ressent que notre propre voix est bridée par le contexte – un milieu professionnel fermé, une famille qui a ses silences, une société qui valorise le silence des réussites et retient le bruit des difficultés. Jésus nous invite, ici, à oser une autre approche: se prendre par la main, accueillir l’inconfort de la manipulation nécessaire (comme sortir de la foule), puis laisser ce qui dormait en nous se réveiller.

Et il y a aussi la dimension communautaire. La foule autour de l’homme réagit, mais Jésus agit autrement: il crée un espace de parole retrouvée pour celui qui était exclu du parler. Peut-être que cela interroge aussi nos propres vies: qu’est-ce qui nous empêche d’entendre l’autre quand il parle, et qu’est-ce qui nous empêche d’être à l’écoute de sa propre voix? Comment, dans nos cercles, nous tendons-nous la main pour aider quelqu’un à reprendre souffle, à oser dire ce qui se vit à l’intérieur?

Enfin, ce texte peut nous inviter à regarder ce qui nous libère dans une vie ordinaire: un sourire donné, un temps pris pour écouter, un geste de patience, une parole vraie qui n’emprisonne pas, mais ouvre. La guérison est peut-être moins spectaculaire que ce que l’on imagine, mais elle est réelle dans la retenue et dans l’initiative qui redonne à chacun son droit de parler, de respirer, d’être entendu.

Questions pour la route, afin de relier à nos vies:

  • Quand ai-je l’impression d’être muet, ou d’avoir une parole qui ne peut pas sortir? Qu’est-ce qui la retient en ce moment?
  • Qui pourrait me prendre par la main aujourd’hui, ou me donner l’espace sûr pour reprendre souffle et retrouver ma voix?
  • Comment puis-je, dans mes relations et mes lieux de vie, être le « Jésus » qui ouvre des oreilles et des bouches, plutôt que celui qui ferme?

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