L’Evangile
« Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes » (Mc 7, 1-13)

Alléluia. Alléluia.
Incline mon cœur vers tes exigences ;
fais-moi la grâce de ta loi, Seigneur.
Alléluia. (Ps 118, 36a.29b)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem,
se réunissent auprès de Jésus,
et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas
avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
– Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs,
se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger,
par attachement à la tradition des anciens ;
et au retour du marché,
ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau,
et ils sont attachés encore par tradition
à beaucoup d’autres pratiques :
lavage de coupes, de carafes et de plats.
Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus :
« Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ?
Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »
Jésus leur répondit :
« Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites,
ainsi qu’il est écrit :
Ce peuple m’honore des lèvres,
mais son cœur est loin de moi.
C’est en vain qu’ils me rendent un culte ;
les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains.
Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu,
pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Il leur disait encore :
« Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu
pour établir votre tradition.
En effet, Moïse a dit :
Honore ton père et ta mère.
Et encore :
Celui qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort.
Mais vous, vous dites :
Supposons qu’un homme déclare
à son père ou à sa mère :
“Les ressources qui m’auraient permis de t’aider
sont korbane, c’est-à-dire don réservé à Dieu”,
alors vous ne l’autorisez plus à faire quoi que ce soit
pour son père ou sa mère ;
vous annulez ainsi la parole de Dieu
par la tradition que vous transmettez.
Et vous faites beaucoup de choses du même genre. »
Sa réflexion
Tu te souviens de ce passage où Jésus s’énerve presque ? Les pharisiens et quelques scribes arrivent, et ils regardent comment ses disciples mangent: sans se laver les mains comme il faut selon la tradition. Ils reprochent: “Ils ne respectent pas la tradition de nos ancêtres!” Et puis, un peu l’air de dire: “Puisque c’est tout ce que tu sais faire, Jésus, alors tu n’es pas vraiment fidèle à Dieu.” Jésus, lui, ne se laisse pas impressionner par les apparences. Il répond (en gros) que ce qui souille l’homme ne vient pas de ce qui entre par la bouche, mais de ce qui sort du cœur: les mauvaises intentions, les actes égoïstes, les colères, les jalousies, les ruses, les hypocrisies.
Je lis ce texte et je me demande: combien de fois, dans ma vie, je me suis trouvé pris dans les “traditions” qui me donnent l’impression d’être clean, propres, bons, alors que mon cœur peut être ailleurs? Parce que c’est ça le truc: on peut avoir des rituels impeccables, des habitudes religieuses très bien rangées, et pourtant être loin d’une vraie écoute de l’autre, d’un regard qui voit dans la faille, dans la fragilité. On peut, avec nos belles opinions, faire semblant d’être sages et oublier que ce qui compte, c’est ce qui sort de moi quand tout va mal.
Et puis il y a ce passage sur la tradition humaine qui peut étouffer l’intérieur: le “il faut ceci” et le “il faut cela” qui prennent le pas sur le cœur. Dans nos vies, c’est souvent subtil: on peut croire qu’on fait les bonnes choses pour Dieu, mais en vrai on les fait pour paraître, pour gagner l’estime des autres ou pour se rassurer soi-même. Ou alors on écoute les règles à la lettre et on oublie l’intention d’amour qui les a peut-être inspirées. Jésus appelle à un regard qui dépasse les apparences: ce qui vient de l’intérieur, du cœur, est ce qui nous construit vraiment.
Cette parole peut toucher aussi nos rapports. Combien de fois on juge quelqu’un à ce qu’on voit de l’extérieur, à ses gestes, à son style de vie, à ses choix? Et puis on découvre que le cœur de la personne peut abriter des complexités, des blessures, des fidélités sincères, des efforts invisibles. A l’inverse, on peut être “propre sur soi” sans jamais sortir du cocon de nos propres certitudes et de nos petites hypocrisies quotidiennes.
Alors, peut-être que la force du texte, ce n’est pas une condamnation des règles, mais une invitation à synchroniser nos gestes et notre cœur: être attentif non pas à ce qui paraît, mais à ce qui naît, nourrit, et relie. Avoir des habitudes, oui, mais qui servent la vie, pas qui la contrecarrent. Avoir des mots qui touchent, pas qui blessent. Avoir une foi qui ne se contente pas d’être bien rangée dans l’étagère des traditions, mais qui se met en mouvement quand quelqu’un souffre près de moi.
Et si on voulait résumer en une phrase simple: ce que Jésus voit, ce n’est pas la propreté extérieure, mais la vie qui coule à travers nos choix, nos mains qui donnent, nos oreilles qui écoutent, nos cœurs qui pardonnent. On peut s’alléger de ce qui pèse, des “il faut” qui ne nourrissent pas, et se rappeler que la vraie pureté, c’est quand nos gestes racontent une histoire d’amour plus grand que nos peurs et nos peines.

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