L’Evangile

« Ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6, 30-34)

Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là,
    les Apôtres se réunirent auprès de Jésus,
et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.
    Il leur dit :
« Venez à l’écart dans un endroit désert,
et reposez-vous un peu. »
De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux,
et l’on n’avait même pas le temps de manger.
    Alors, ils partirent en barque
pour un endroit désert, à l’écart.
    Les gens les virent s’éloigner,
et beaucoup comprirent leur intention.
Alors, à pied, de toutes les villes,
ils coururent là-bas
et arrivèrent avant eux.
    En débarquant, Jésus vit une grande foule.
Il fut saisi de compassion envers eux,
parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.
Alors, il se mit à les enseigner longuement.

Sa réflexion

Hier, on avait prévu de se reposer un peu, de profiter du week-end, de récupérer après tout ce qu’on a traversé. Et puis, d’un coup, Jésus rappelle à ses apôtres qu’ils ont travaillé dur: ils ont été envoyés en mission, ils ont prié, ils ont guéri, ils ont prêché. Ils reviennent tout excités: « Maître, les gens nous cherchent, ils veulent nous voir, ils veulent entendre ce qu’on a à dire. » On serait tenté de répondre: « Super, on est en train de changer les choses, on avance ! »

Mais Jésus, lui, voit autre chose. Il les prend avec lui et les emmène dans un endroit calme, loin de la foule, pour souffler un peu. Et là, dans ce cadre simple et tranquille, il leur dit: « Venez prendre du repos ». On dirait une invitation à faire une pause, à se mettre à l’écart pour reprendre souffle. Ce n’est pas du luxe, c’est nécessaire. Parce que quand on arrose les autres toute la journée, il faut aussi nourrir sa propre vie, ses forces, ses limites.

Et puis, Marc fait un petit détail qui frappe: la foule les voit partir et les suit à la place où ils vont. On peut presque imaginer les pas qui hésitent, les regards qui cherchent, les questions qui tournent en boucle: « Où vont-ils? Que vont-ils faire maintenant? » La foule n’est pas juste là en “spectatrice”; elle a soif aussi. Il y a une sorte d’injonction commune: on est tous un peu dans le même bateau, on cherche un sens, on cherche une parole qui fasse écho à notre vie qui ne cesse de bouger.

Jésus, voyant cette foule, se met à la regarder avec compassion: « Il était touché dans son cœur à cause d’eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger ». Ça peut paraître un peu fort, et pourtant, ça parle de nous aussi. On a tous des moments où l’on se sent « sans berger », c’est-à-dire sans repère, sans quelqu’un qui nous guide, qui voit nos faiblesses et nos besoins. Et même si l’on est entouré de monde, on peut se sentir seul dans notre quête, dans nos préoccupations, dans nos angoisses ou nos rêves.

La suite du passage parle de la miséricorde qui s’exprime concrètement: Jésus les enseigne longtemps, jusqu’au soir, et puis le soir vient, mais pas comme une fin froide. Non: « l’heure est déjà avancée ». On n’est pas dans l’urgence désespérée, mais dans une continuité patiente: on donne de soi, on écoute, on accueille l’autre, on se donne le temps de nourrir le cœur. Et la phrase qui résonne peut-être le plus pour nous aujourd’hui: « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Elle peut sembler écrasante, mais elle est surtout une invitation à regarder autour de nous: qui a faim de parole, de réconfort, de présence? Comment pouvons-nous, à notre petit niveau, devenir ce qu’il faut pour les autres?

Dans notre vie, cela peut se traduire par quelques gestes simples mais vrais:

  • prendre le temps de faire une vraie pause, sans écran ni distraction, pour écouter ce qui se passe en nous.
  • regarder autour de soi avec une attitude de compassion: qui a besoin d’un sourire, d’une écoute, d’un mot d’encouragement?
  • accepter que la vie est un mouvement: on reçoit, on donne, on se nourrit en donnant.
  • trouver un équilibre entre mission et repos: travailler sans s’épuiser et se reposer pour pouvoir aimer et servir durablement.

Et si on profite de ce texte pour parler de nos propres limites: oui, nous aussi nous sommes fatigués, nous aussi nous cherchons des repères. Mais la parole de Jésus nous rappelle qu’on n’est pas seuls dans ce mouvement: il est là pour nous, il nous propose un regard qui rejoint notre faim et notre soif. Peut-être que le vrai “repos” n’est pas l’inaction, mais cette énergie retrouvée qui nous permet d’être présents les uns pour les autres.

En fin de compte, ce passage nous invite à vivre une vie qui n’est pas centrée sur moi seul, mais qui se déploie dans une dynamique de regard et de service: regarder les autres comme Jésus regarde, se laisser toucher par leur soif, puis trouver les moyens concrets de les accompagner, tout en prenant soin de soi pour ne pas se dissoudre dans l’ouvrage. C’est peut-être ça, une vie qui parle vraiment.

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