L’Evangile
« Un prophète n’est méprisé que dans son pays » (Mc 6, 1-6)

Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus se rendit dans son lieu d’origine,
et ses disciples le suivirent.
Le jour du sabbat,
il se mit à enseigner dans la synagogue.
De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient :
« D’où cela lui vient-il ?
Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée,
et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?
N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie,
et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ?
Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? »
Et ils étaient profondément choqués à son sujet.
Jésus leur disait :
« Un prophète n’est méprisé que dans son pays,
sa parenté et sa maison. »
Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ;
il guérit seulement quelques malades
en leur imposant les mains.
Et il s’étonna de leur manque de foi.
Alors Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.
Sa réflexion
On revient toujours à nos racines, mais quand on est attaché à ses racines, on peut soit les nourrir, soit les étouffer par trop de familiarité. Dans ce texte, Jésus revient chez lui et les regards changent: “Ce n’est pas le fils de Joseph…”. On peut se reconnaître dans ce mélange de fierté et de gêne: on est fier de ce qu’on a appris, de ce qu’on devient, et en même temps on se demande: “Est-ce que c’est vraiment moi qui ai avancé, ou juste une version améliorée de ce que vous connaissez déjà?”
Jésus parle avec une voix simple et directe — pas de miracles grandiloquents pour impressionner les voisins. Or les gens attendent peut-être un signe spectaculaire, une preuve qui remplirait leurs catégories. Le texte nous pousse à interroger nos propres attentes: est-ce que je cherche Dieu là où j’imagine qu’il doit être, ou est-ce que je remarque sa présence dans l’ordinaire, dans le quotidien, dans la proximité?
Le manque de foi des habitants de Nazareth n’est pas seulement une erreur collective; il pointe aussi une tentation intérieure: croire que les miracles et les grands signes appartiennent à une autre sphère, pas à ma vie de tous les jours. Cela peut ressembler à nos périodes où, pris dans le travail, les soucis, ou les distractions, on réduit la foi à un souvenir du passé ou à une affaire théorique, plutôt qu’à une expérience vécue et renouvelée.
Enfin, ce passage montre que la reconnaissance ne vient pas automatiquement; elle demande une ouverture du cœur. Jésus ne change pas sa personne ni son message, mais la réceptivité des autres peut ouvrir ou fermer la porte à la surprise de l’Esprit. Cela nous invite: comment faisons-nous de l’ouverture une habitude? Comment cultiver une foi qui ne dépend pas de la reconnaissance sociale, mais qui se nourrit dans le silence, la prière, l’attention à l’autre?
Voix parlée, façon réflexion personnelle Parfois, quand je lis ce texte, j’ai l’impression d’être dans la peau des Nazariens et aussi dans celle de Jésus. Dans notre vie, on a tous des territoires “chez nous” — famille, quartier, travail — et on y porte nos histoires. On aimerait parfois être entendu comme on est, sans qu’il faut toujours prouver qu’on a changé ou qu’on a acquis quelque chose de spectaculaire. Et puis, il y a ce moment où l’on se rend compte qu’on peut aussi se fermer à ce qui est humble, simple, proche. On cherche les miracles pour impressionner les autres ou pour se rassurer soi-même, alors que parfois le vrai miracle est juste d’être attentif à ce qui se passe juste à côté, dans une parole légère, un geste de gentillesse, une porte qui se ferme sans bruit sur une critique blessante et qui s’ouvre à la place sur un nouveau départ.
Une manière pratique d’habiter ce texte
- Questionner mes attentes: quand je vais à la messe, dans ma vie spirituelle, est-ce que j’attends un signe spectaculaire ou est-ce que j’ouvre mon cœur à des signes ordinaires: un mot gentil, une pause de silence, une poignée de main sincère?
- Cultiver l’étonnement dans la routine: si Jésus est “à la porte” dans mes journées, comment ces petites rencontres — collègues qui demandent de l’aide, voisin qui raconte son déménagement difficile — peuvent-elles devenir des rencontres avec le Sacred, sans pour autant chercher un miracle “à la hauteur des films” mais en reconnaissant la présence de Dieu dans la bonté simple?
- Développer une foi qui se prête au doute: le doute n’est pas l’ennemi de la foi; c’est parfois le terrain sur lequel elle grandit. Accepter de ne pas tout comprendre tout de suite, rester attentif, parler avec d’autres, chercher des points d’ancrage dans l’Écriture, la messe, et les gestes quotidiens de solidarité.
Bref, ce passage nous rappelle que la vie chrétienne n’est pas une succession de preuves qui émerveillent, mais une invitation à rester ouvert, curieux et humble devant ce que Dieu fait — et peut faire — dans nos vies, même quand cela ne s’inscrit pas dans les cadres “normatifs” ou surprenants que nous attendons parfois.

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