L’Evangile

« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)

Alléluia. Alléluia.
Le Christ a pris nos souffrances,
il a porté nos maladies.
Alléluia. (Mt 8, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là,
    Jésus regagna en barque l’autre rive,
et une grande foule s’assembla autour de lui.
Il était au bord de la mer.
    Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre.
Voyant Jésus, il tombe à ses pieds
    et le supplie instamment :
« Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité.
Viens lui imposer les mains
pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »
    Jésus partit avec lui,
et la foule qui le suivait
était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

    Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans…
    – elle avait beaucoup souffert
du traitement de nombreux médecins,
et elle avait dépensé tous ses biens
sans avoir la moindre amélioration ;
au contraire, son état avait plutôt empiré –…
     cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus,
vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement.
    Elle se disait en effet :
« Si je parviens à toucher seulement son vêtement,
je serai sauvée. »
    À l’instant, l’hémorragie s’arrêta,
et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.
    Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui.
Il se retourna dans la foule, et il demandait :
« Qui a touché mes vêtements ? »
    Ses disciples lui répondirent :
« Tu vois bien la foule qui t’écrase,
et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »
     Mais lui regardait tout autour
pour voir celle qui avait fait cela.
    Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante,
sachant ce qui lui était arrivé,
vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
    Jésus lui dit alors :
« Ma fille, ta foi t’a sauvée.
Va en paix et sois guérie de ton mal. »

    Comme il parlait encore,
des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue,
pour dire à celui-ci :
« Ta fille vient de mourir.
À quoi bon déranger encore le Maître ? »
    Jésus, surprenant ces mots,
dit au chef de synagogue :
« Ne crains pas, crois seulement. »
    Il ne laissa personne l’accompagner,
sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques.
    Ils arrivent à la maison du chef de synagogue.
Jésus voit l’agitation,
et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.
    Il entre et leur dit :
« Pourquoi cette agitation et ces pleurs ?
L’enfant n’est pas morte : elle dort. »
    Mais on se moquait de lui.
Alors il met tout le monde dehors,
prend avec lui le père et la mère de l’enfant,
et ceux qui étaient avec lui ;
puis il pénètre là où reposait l’enfant.
    Il saisit la main de l’enfant, et lui dit :
« Talitha koum »,
ce qui signifie :
« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »
    Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher
– elle avait en effet douze ans.
Ils furent frappés d’une grande stupeur.
    Et Jésus leur ordonna fermement
de ne le faire savoir à personne ;
puis il leur dit de la faire manger.

Sa réflexion

Tu connais ce passage: Jaïre, le chef de synagogue, arrive en courant à Jésus, suppliant: ma fille est à l’agonie, viens poser les mains sur elle pour qu’elle guérisse. Et pendant ce temps, une femme parmi la foule touche son vêtement: elle a une perte de sang depuis douze ans, elle dépense tout ce qu’elle a sans trouver de guérison, et elle dit: si je touche seulement son vêtement, je serai guérie. Jésus s’arrête, demande qui l’a touchée, et dit des mots simples que tout le monde peut sentir: ta foi t’a sauvée. Et pendant ce temps-là, l’homme Jaïre reçoit la nouvelle que sa fille est morte. Jésus lui dit: ne crains pas, crois seulement. Puis il va chez Jaïre, prend la main de la fille et la réveille, comme si rien n’était: “Ta fille est réveillée.” Tout ce récit, on peut le lire comme une leçon de présence.

Ce que je vois dans ces pages, c’est deux choses qui se croisent: urgence et patience. Jaïre arrive avec l’urgence d’un père qui veut sauver sa fille, tout à coup tout devient crucial; la femme, elle, est dans une patience longue: douze ans de douleur, d’espoir qui s’éponge, et puis un geste: toucher, croire, être touchée. Et Jésus, lui, il n’accélère pas le temps pour les rendre heureux; il s’arrête, il écoute, il voit. Il porte l’humanité dans ce qui peut paraître ordinaire — une rencontre, un toucher — et c’est là que se passe la guérison: pas seulement du corps, mais du cœur qui croit.

Pour nous, ça peut parler de nos vies quotidiennes, où tout va vite, et où l’on passe parfois à côté de quelqu’un qui a besoin d’être vu, entendu, tenu par le regard. On peut avoir l’impression qu’on n’a pas les pouvoirs miracles: pas de guérison spectaculaire, pas de miracle qui se voit tout de suite. Et pourtant, il y a cette invitation à rester présent, à écouter les signaux de l’autre, à ne pas sauter par réflexe à la solution rapide, mais à poser un geste simple qui peut changer la trajectoire de quelqu’un: s’arrêter pour écouter vraiment, rappeler à quelqu’un qu’il compte, prendre le temps d’être là.

Et puis il y a ce fil qui relie les deux scènes: la foi — pas une foi qui force les choses, mais une confiance qui se manifeste dans l’attention. La femme croit assez pour toucher le vêtement et être guérie; Jaïre croit assez pour croire que Jésus peut venir, même quand tout semble perdu. Nous aussi, on peut être appelés à une foi pratique: croire que notre présence et nos gestes peuvent devenir des baumes, même minuscules, dans des journées qui pèsent.

Si je me pose dans ce récit, je me demande: qui dans ma vie a besoin d’être vu par moi aujourd’hui? Qui, peut-être sans le dire, cherche juste qu’on fasse attention à lui? Et moi, comment puis-je être présent: en écoutant sans juger, en posant ce petit geste qui montre que oui, je suis là. Peut-être que la vraie guérison, ce n’est pas seulement la fin d’un mal physique, mais la réconciliation avec le fait d’être humain les uns pour les autres: se laisser toucher par l’autre, toucher l’autre avec sincérité, et se laisser réveiller par la vie qui se joue dans nos échanges simples.

En somme, ce texte parle d’un présent qui veut dire: “Tu comptes assez pour que je fasse une pause.” Et si nous, chacun, qu’on fasse un pas de plus vers l’autre aujourd’hui, peut-être qu’on avance ensemble vers plus de sens, plus d’écoute, et peut-être aussi un peu plus d’espérance.

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