On est tous dans le même bateau, c’est clair. Le problème, c’est qu’on regarde autour et chacun voit la mer avec ses propres lunettes: certains voient des vagues énormes, d’autres une légère houle; certains guettent les rochers, d’autres rêvent déjà d’un coin de plage. On partage l’espace, mais pas les mêmes histoires, pas les mêmes peurs, pas les mêmes envies.

Dans le quotidien, cette différence peut commencer par des détails: où l’on place les urgences, ce qui nous réchauffe le cœur, ce qui nous inquiète vraiment. On peut être ensemble et pourtant séparés par des silences, des mots qui ne passent pas, des regards qui jugent sans dire. Et puis, au moment d’un coup de vent ou d’un stress, on se rend compte que ce bateau, il ne réagit pas pareil selon qui est assis à bord: le plus calme peut paraître insensible, celui qui parait loose peut en fait porter une peur énorme.

Pourtant, être ensemble sur le même bateau, ça peut aussi devenir une force si on se parle autrement. Si chacun apporte ce qu’il a de plus vrai, ses ressources et son doute, on peut avancer sans s’écraser les uns les autres. On peut apprendre à écouter ce que les autres vivent, sans vouloir imposer sa propre façon de sentir la tempête. On peut accepter que la diversité des vécus n’est pas un obstacle mais une richesse: des regards différents peuvent aider à repérer les rochers, à trouver des itinéraires nouveaux, à tenir bon plus longtemps.

Cette réalité peut nourrir une simplicité: reconnaître que nos besoins ne sont pas ceux de tout le monde, mais que notre humanité partagée peut nous garder ensemble dans les moments difficiles. On peut s’entraider dans les gestes concrets — partager une information utile, faire passer un message rassurant, proposer une aide concrète — et, surtout, s’efforcer d’avoir de la patience avec ce que chacun traverse.

Et si on se posait la question: comment rester reliés quand nos chemins et nos peurs se croisent sans se confondre? Peut-être en choisissant délibérément des mots qui construisent plutôt que des jugements qui blessent. En se rappelant que ce n’est pas parce qu’on est dans le même bateau que l’on doit penser, ressentir ou réagir de la même façon. La solidarité n’est pas uniformité; elle est capacité à être présent, à soutenir, et à coordonner nos efforts pour que le voyage, même mouvementé, puisse conduire quelque part de plus humanité.

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