On se dit souvent que la lumière, c’est pour les autres, ou que ce serait mieux si l’on restait discret, poli, sans faire trop de bruit. Et puis il y a ce passage qui dit, en gros: ne cache pas la lampe sous le boisseau, mets-la sur le chandelier. Pas pour exhiber, mais pour éclairer.

Aujourd’hui, dans nos vies, « exhiber » peut avoir une mauvaise résonance: on pense à l’image qu’on renvoie sur les réseaux, à ce qu’on montre pour être aimé ou accepté. Pourtant, mettre une lampe sur le chandelier, c’est d’abord une décision intime: choisir d’exister tel que l’on est, avec tout ce que cela suppose de vulnérabilités et de défis.

  • Montrer ce qu’on est: qui on est vraiment, avec nos forces et nos faiblesses. Pas pour se justifier, mais pour ne pas marcher dans le faux. Dire: « voici mes valeurs », « voici ce qui me tient debout ». Cela peut faire peur: se révéler, c’est prendre le risque du jugement, de la méfiance, de la blessure. Mais c’est aussi invitation à la vérité qui désencombre: quand on cesse de se cacher, on respire mieux, on avance avec plus de clarté.
  • Montrer ce qu’on croit: pas une collection de slogans, mais une confiance profonde, une espérance qui ne dépend pas des humeurs du jour. Ce n’est pas imposer des convictions, mais partager ce qui donne sens, ce qui soutient quand tout semble incertain. Dans le quotidien, cela peut être une parole de bienveillance, une prise de position sur la justice, une fidélité à une parole donnée, une charité qui ne s’éparpille pas.
  • Montrer ce à quoi on tient: nos amitiés, notre famille, notre travail, notre engagement pour la dignité de chacun. Mettre sur le chandelier ce que nous avons choisi de tenir pour vrai — non pas pour se mettre en valeur, mais pour éclairer le chemin des autres et éviter de faire comme si tout allait de soi. Quand nos choix sont visibles, ils peuvent devenir des repères pour ceux qui cherchent leur propre voie: « Ah, lui tient à tel principe; alors peut-être que c’est possible de vivre ainsi. »

Mais il faut aussi noter une nuance: la lampe n’est pas un miroir qui séduit les regards; elle est une lampe qui éclaire le chemin. L’éclairage authentique ne cherche pas l’applaudissement, mais la vie qui se libère du poids des faux-semblants. Cela veut dire accepter que la lumière peut révéler des zones d’ombre dans nos vies — des habitudes, des rancœurs, des peurs — et que cette révélation, loin d’être une condamnation, peut devenir un appel à la guérison, à la conversion, à la fidélité renouvelée.

Et dans nos communautés, cela peut être une joie quand chacun ose montrer ce qu’il est capable de devenir: des gestes simples mais constants, des paroles qui cherchent à bâtir plutôt qu’à écraser, des engagements tenus même quand c’est difficile. La lampe sur le chandelier ne sert pas à éclabousser; elle sert à éclairer le chemin collectif: comment vivre avec honnêteté, comment pardonner, comment tisser des liens qui résistent aux tempêtes.

Si on voulait une pratique concrète pour vivre cette métaphore:

  • chaque semaine, prendre un moment pour vérifier ce que l’on cache et pourquoi. Et si quelque chose peut être partagé sans harm, le dire à quelqu’un de confiance.
  • cultiver des conversations où l’on parle des convictions et des motivations, pas seulement des résultats ou des opinions.
  • s’engager dans une action qui témoigne de ce à quoi l’on tient vraiment, même si cela coûte.

En fin de compte, mettre une lampe sur le chandelier, c’est croire que la vie peut être vécue avec clarté et bonté, sans artifice: une existence qui ose dire ce qu’elle est, qui croit en ce qui donne la vie, et qui tient fermement à ce qui rend le monde plus lumineux.

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