L’Evangile

« C’en est fini de Satan » (Mc 3, 22-30)

Alléluia. Alléluia.
Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ;
il a fait resplendir la vie par l’Évangile.
Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là,
    les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient :
« Ce Jésus est possédé par Béelzéboul ;
c’est par le chef des démons
qu’il expulse les démons. »
    Les appelant près de lui,
Jésus leur dit en parabole :
« Comment Satan peut-il expulser Satan ?
    Si un royaume est divisé contre lui-même,
ce royaume ne peut pas tenir.
    Si les gens d’une même maison se divisent entre eux,
ces gens ne pourront pas tenir.
    Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé,
il ne peut pas tenir ;
c’en est fini de lui.
    Mais personne ne peut entrer
dans la maison d’un homme fort et piller ses biens,
s’il ne l’a d’abord ligoté.
Alors seulement il pillera sa maison.
    Amen, je vous le dis :
Tout sera pardonné aux enfants des hommes :
leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
    Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint,
il n’aura jamais de pardon.
Il est coupable d’un péché pour toujours. »
    Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit :
« Il est possédé par un esprit impur. »

Sa réflexion

Tu sais, quand je lis ce passage, j’entends un peu notre époque aussi: tout ce qu’on vit peut souvent être interprété, catalogué, mis en boîte par des catégories faciles. Les scribes, eux, voient Jésus faire des miracles, entendre des paroles qui réveillent, et au lieu de se laisser toucher, ils cherchent une explication pratique — “il est possédé par Béelzébul” — pour ne pas être dérangés dans leurs propres cadres. Ça résonne quand on regarde autour de nous: on préfère parfois expliquer l’inattendu par ce qu’on connaît déjà, plutôt que d’aller plus loin et accepter une réalité qui conteste nos habitudes.

Et puis Jésus répond avec une façon qui peut paraître dure, mais qui est très lucide: il demande de ne pas détruire ce qui est sain en cherchant des motifs pour invalider ce qui est nouveau ou étranger. La remarque sur l’Esprit Saint, c’est comme une mise en garde contre le réflexe de tout réduire à une théorie, une étiquette. Quand on dit “cet homme est possédé”, on ne cherche pas vraiment comprendre ce qui se passe dans le cœur des gens qui nous entourent, dans leurs peurs, leurs rêves, leurs fragilités. On préfère les enfermer dans une case pour pouvoir dormir sur nos acquis.

À notre époque, ce passage peut parler de la tentation du doute ou du rejet face à ce qui bouge, face à ce qui échappe à nos cadres de rationalité ou à nos polémiques. Il y a une vigueur dans ce récit: une invitation à ne pas niveler l’inconnu par nos propres définitions du bien et du mal. Jésus dit, plus ou moins: quand l’Esprit agit, quand quelqu’un est touché dans son cœur par quelque chose de vrai et de libérateur, il faut rester attentif et humble, plutôt que de chercher une porte de sortie rapide qui confirme ce qu’on pense déjà.

Et puis, l’épisode sur l’unité et la division: “Une maison divisée contre elle-même ne peut subsister.” C’est une phrase qui traverse les débats de nos temps: politique, culture, religion, internet. Combien de fois une discussion tourne au pugilat parce que chacun tient fermement à sa position, sans se laisser toucher par l’expérience ou le doute de l’autre? Le texte nous rappelle que la séparation interne est fatale quand elle est systématique, mais que la tension peut aussi être motrice: elle peut nous pousser à chercher ce qui donne vie à la communauté plutôt que ce qui la fragilise.

Dans notre vie quotidienne, ce qui peut faire écho, c’est cette question: comment accueillir l’inattendu sans tout détruire, comment reconnaître ce qui est bon même si cela vient d’ailleurs ou de quelqu’un qu’on ne comprend pas, comment garder ouverts les lieux où on peut encore changer d’avis, plutôt que de tout verrouiller par peur ou par jalousie intellectuelle? Le message serait alors: rester humble devant ce qui touche le cœur humain, même si cela rompt nos catégories; et travailler à une vie commune où l’unité n’est pas suppression de la différence, mais capacité à vivre ensemble malgré nos divergences.

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