Frères et sœurs,

Vous avez remarqué comme on a tendance à toujours chercher les solutions aux « bons » endroits ? Si on veut réussir sa carrière, on se dit qu’il faut aller à Paris, à New York ou dans la Silicon Valley. Si on cherche des gens influents, on regarde vers les palais, les ministères ou les plateaux télé. On a cette idée reçue que les choses importantes se passent toujours au centre, là où ça brille.

Et bien, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus fait exactement l’inverse. Et c’est ça qui est génial.

Regardez ce qu’il fait. Jean-Baptiste vient d’être arrêté. Le climat est tendu. On pourrait croire que Jésus va monter à Jérusalem, la capitale, pour prendre le pouvoir ou faire un coup d’éclat. Pas du tout. Il part en Galilée. Il s’installe à Capharnaüm.

Pour nous, ça ne veut rien dire. Mais à l’époque, la Galilée, c’est la banlieue de l’histoire. C’est le « Carrefour des nations », un endroit un peu louche, mélangé, loin de la pureté religieuse de Jérusalem. C’est la périphérie. C’est un peu comme si, aujourd’hui, le Messie décidait de lancer sa révolution mondiale non pas depuis l’Élysée ou la Maison Blanche, mais depuis un petit village oublié au fond de la Creuse ou une cité dont on ne parle qu’aux faits divers.

Pourquoi il fait ça ? Matthieu nous le dit en citant le prophète Isaïe : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. »

C’est là le premier message pour nous ce matin : Dieu commence toujours par les zones d’ombre.

On a tous nos « Capharnaüm » intérieurs. Vous savez, ces coins de notre vie dont on n’est pas très fiers. Nos échecs, nos hontes, nos fatigues, ces moments où on se sent « dans les ténèbres », un peu perdus, un peu tristes. On a tendance à cacher tout ça, à mettre un beau filtre Instagram par-dessus pour faire croire que tout va bien.

Mais Jésus, lui, il ne cherche pas le filtre. Il vient s’installer pile là-dedans. Il vient habiter nos zones d’ombre. Il ne nous attend pas quand on sera parfaits, riches et célèbres. Il vient nous chercher là, maintenant, dans notre réalité un peu bancale. C’est rassurant, non ? Ça veut dire que personne n’est trop loin, trop « paumé » ou trop insignifiant pour Dieu.

Et puis, il y a cette phrase qu’il lance. C’est son tout premier slogan de campagne : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Ouh là… « Convertissez-vous ». On n’aime pas trop ce mot aujourd’hui. Ça sonne un peu moralisateur, genre « fais des efforts, arrête de t’amuser ». Mais en grec, le mot c’est Metanoïa. Ça ne veut pas dire « flagelle-toi », ça veut dire « change de mentalité », « tourne ton regard ».

C’est comme si Jésus nous disait : « Hé, change tes lunettes ! Tu regardes ta vie en voyant tout ce qui manque, tout ce qui est sombre. Change de regard. Le Royaume est là, tout proche. »

Dans notre vie actuelle, on est bombardés de mauvaises nouvelles. On allume la télé, c’est la crise. On regarde les réseaux sociaux, c’est la haine. On a vite fait de se dire que le monde est fichu. La conversion dont parle Jésus, c’est d’arrêter de fixer l’obscurité pour commencer à chercher la lumière.

C’est quoi, concrètement, pour nous cette semaine ? C’est peut-être, au lieu de râler sur ce collègue qui nous agace, essayer de voir sa qualité cachée. C’est peut-être, au lieu de désespérer devant les infos, de s’engager dans une petite association locale. C’est croire que, même dans le « Capharnaüm » de notre monde moderne, Dieu est en train de travailler.

Alors, frères et sœurs, ne fuyons pas nos périphéries, ne cachons pas nos faiblesses. C’est exactement là que Jésus veut poser ses valises. Laissons-le allumer la lumière chez nous, pour qu’à notre tour, on puisse éclairer un peu ceux qui nous entourent.

Amen.

Laisser un commentaire