L’Evangile
« Est-il permis, le jour du sabbat, de sauver une vie ou de tuer ? » (Mc 3, 1-6)

Alléluia. Alléluia.
Jésus proclamait l’Évangile du Royaume
et guérissait toute infirmité dans le peuple.
Alléluia. (cf. Mt 4, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus entra dans une synagogue ;
il y avait là un homme dont la main était atrophiée.
On observait Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat.
C’était afin de pouvoir l’accuser.
Il dit à l’homme qui avait la main atrophiée :
« Lève-toi, viens au milieu. »
Et s’adressant aux autres :
« Est-il permis, le jour du sabbat,
de faire le bien ou de faire le mal ?
de sauver une vie ou de tuer ? »
Mais eux se taisaient.
Alors, promenant sur eux un regard de colère,
navré de l’endurcissement de leurs cœurs,
il dit à l’homme :
« Étends la main. »
Il l’étendit, et sa main redevint normale.
Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil
avec les partisans d’Hérode
contre Jésus, pour voir comment le faire périr.
Sa réflexion
Tu connais ce moment-là où, dans une journée normale, on est là, assis sur notre chaise, et tout à coup Jésus passe par là et tout ce qu’on croit sûr est remis en cause? Dans ce passage, Jésus entre dans la synagogue et il y a un homme dont la main est sèche. Pas de miracle spectaculaire tout de suite, juste une situation tendue, comme quand on se retrouve coincé dans une habitude ou une douleur qu’on traîne sans trop oser la regarder en face.
Les gens autour, eux, ils scrutent. Ils attendent: est-ce qu’il va faire quelque chose ou pas? Ils se demandent si travailler le jour du sabbat est permis ou non, s’il faut respecter les règles à tout prix ou laisser place à une urgence que les lois ne savent pas always gérer. On les entend dans notre propre vie aussi: les opinions qui se mêlent, le scepticisme, la peur de l’“opinion publique” qui peut définir ce qui est acceptable ou non.
Et puis Jésus regarde l’homme et demande: “Voudrais-tu être guéri?” Ce n’est pas seulement une question technique, c’est une invitation à l’être humain qui souffre, à lui donner l’espace de dire oui ou non. Il ne force personne. Dans notre quotidien, combien de fois on passe à côté des douleurs des autres sans vraiment les voir, par manque de temps, par honte, par peur d’imposer une solution? Jésus offre la possibilité, mais respecte aussi le choix.
Quand l’homme dit oui, il agit. Jésus dit “— Tend ta main —” et la main redevient entière. Il y a quelque chose de tangible dans ce “tendre”. Ce n’est pas un simple “réparer la corde du destin” ou un simple conseil: c’est une action qui restaure la dignité, qui permet à quelqu’un de prendre à nouveau sa place dans la vie. Dans nos vies, c’est ce que nous cherchons tous: des actes qui nous permettent de nous lever et de reprendre une part de notre vocation. Pas des miracles spectaculaires tous les jours, mais des gestes qui réparent, qui donnent envie de continuer.
Et les répercussions ne tardent pas à venir. Les opposants s’agitent, ils parlent de sabbat et de règle, alors que la vraie question demeure: où est la vie, où est la miséricorde? Jésus répond, implicitement, que la loi est faite pour la vie, pour la vocation des êtres humains, et non pas pour punir ou mettre à l’écart. Cela peut déranger, car ça bouscule les opinions, les certitudes. Et pourtant, c’est là que se joue l’étincelle: la vie qui dépasse les cadres, la compassion qui donne la force de réparer.
Comment cela peut- il résonner pour nous aujourd’hui? Dans nos foyers, nos lieux de travail, nos communautés en ligne. Nous aussi, nous avons des “mains sèches” qui n’ont pas reçu leur plein usage: des relations fragiles, des rêves en friche, des corps qui portent des douleurs invisibles, des habitudes qui nous emprisonnent. Jésus nous appelle à ne pas détourner le regard, à tendre la main, à offrir l’espace de se relever. Mais il nous rappelle aussi que ce geste ne doit pas être simple émotion passagère: c’est une invitation à transformer notre quotidien par des actes concrets.
Et puis il y a cette dimension intérieure: quand on pense qu’on est celui qui a besoin d’être guéri, on peut aussi devenir celui qui guérit en retour—non pas par soi-même, mais par l’ouverture à la bonté qui dépasse les règles du jeu. C’est peut-être cela, la vraie leçon: la vie, même quand elle trouve des obstacles, peut être réintégrée, rendue entière, par des gestes simples mais courageux qui remettent au centre notre humanité partagée.

Laisser un commentaire