On vit dans un monde où tout pousse à se “fabriquer” une image.
On retouche les photos, on soigne les profils, on choisit les bons mots, les bons angles.
Résultat : on finit par ne plus trop savoir qui on est vraiment, sans filtre, sans décor.

“Être soi”, ça a l’air simple dit comme ça. En vrai, ça fait peur.
Parce qu’être soi, c’est oser se montrer sans tous les artifices qui nous rassurent.

On met des masques tout le temps :

  • Le masque du/ de la “toujours fort(e)” : jamais fatigué(e), jamais atteint(e).
  • Le masque du “tout va bien” alors qu’à l’intérieur, c’est le bazar.
  • Le masque du “cool” ou du “détaché” pour ne pas montrer qu’on tient, qu’on s’attache.
  • Le masque du “parfait” à l’école, au boulot, en famille, pour avoir la paix, pour être aimé.

Ce n’est pas forcément calculé.
Souvent, on fait ça pour se protéger : de la critique, du rejet, du regard des autres.
Sauf qu’à force, on s’enferme dans un rôle.

Et il y a un truc dur à admettre :
tant que tu joues un rôle, même quand on t’aime, au fond tu ne sais jamais si c’est TOI qu’on aime, ou ton personnage.

Ce n’est pas “dire tout ce qui te passe par la tête” ni “imposer ton caractère à tout le monde”.
Ce n’est pas non plus rester coincé dans tes défauts en disant : “C’est moi, prends-moi comme je suis.”

Être pleinement toi, c’est :

  • Assumer ce que tu ressens vraiment, au lieu de le maquiller en permanence.
  • Reconnaître ce que tu aimes, ce qui te touche, même si ce n’est pas à la mode.
  • Nommer tes limites : “Là, je ne peux pas”, “Là, ça me fait mal”, “Là, j’ai besoin d’aide.”
  • Oser tes rêves, même s’ils ne rentrent pas dans les cases de ce que les autres attendent.

En gros, c’est aligner l’intérieur et l’extérieur.
Que ce que tu montres colle de plus en plus à ce que tu vis dedans.

  • Parce qu’on a peur de ne pas être assez : pas assez beau/belle, pas assez drôle, pas assez intelligent(e), pas assez intéressant(e).
  • Parce qu’on a déjà été jugé(e), critiqué(e), humilié(e) en étant naturel(le).
  • Parce qu’on croit que, pour mériter une place, il faut briller, performe, impressionner.

Alors on en rajoute :
un style, une attitude, des phrases toutes faites, des blagues qui cachent le malaise, une carapace.

Le problème, c’est que plus on triche, plus on s’éloigne de soi.
Et à la longue, ça fatigue. Intérieurement, ça vide.

  • Tu changes complètement de personnalité selon les groupes : t’as l’impression d’être plusieurs personnes.
  • Tu te surprends à rire, à dire oui, à jouer le jeu, et en rentrant chez toi tu te dis : “Mais c’était qui, là ?”
  • Tu n’aimes pas le silence ni la solitude, parce que sans décor, tu ne sais plus trop qui tu es.
  • Tu surveilles tout ce que tu dis, tout ce que tu postes, dans la peur panique d’être mal vu(e).

Tout ça, ça veut dire : tu te regardes vivre de l’extérieur, au lieu d’habiter ta vie de l’intérieur.

Devenir pleinement toi, ça ne se fait pas en un claquement de doigts, mais ça commence par des petites décisions.

Quelques pistes concrètes :

  1. Repère où tu triches le plus
    Est-ce que c’est sur les réseaux ? Au travail ? En famille ? Avec certains amis ?
    Mettre un mot dessus, c’est déjà reprendre un peu de pouvoir.
  2. Autorise-toi la vulnérabilité avec au moins une personne
    Quelqu’un avec qui tu peux dire : “Là, ça ne va pas”, “Là, j’ai peur”, “Là, je ne sais pas.”
    Si tu n’as personne pour ça, c’est peut-être le moment de chercher une relation plus vraie, même si ça signifie en lâcher certaines plus superficielles.
  3. Accepte de ne pas plaire à tout le monde
    Tant que ton objectif, c’est d’être aimé de tous, tu finiras toujours par t’adapter, te lisser, t’oublier.
    Tu n’es pas un produit marketing, tu n’as pas à séduire toutes les clientèles.
  4. Fais des choix qui te ressemblent vraiment
    Dans tes études, ton travail, tes loisirs, ton style de vie :
    demande-toi honnêtement : “Est-ce que je fais ça parce que ça me correspond, ou juste parce que ça fait bien, parce que ‘ça se fait’ ?”
  5. Apprends à te parler autrement
    Si, dans ta tête, tu te rabaisse en permanence, tu vas forcément chercher à compenser par de l’artifice.
    Commence à changer ton langage intérieur : être exigeant avec toi, oui, mais sans te détruire.

Être pleinement toi a un prix :

  • Tu perdras peut-être certaines approbations faciles.
  • Tu verras que certains ne te connaissaient pas vraiment, ils aimaient ton rôle.
  • Tu verras des distances se créer, et ça fera mal.

Mais tu vas aussi gagner :

  • Des relations plus vraies, plus profondes, plus simples.
  • Une énergie nouvelle, parce que tu ne seras plus en représentation permanente.
  • Une paix intérieure : tu n’auras plus à te demander en boucle : “Qu’est-ce qu’ils attendent de moi ?”, mais plutôt : “Qu’est-ce qui est juste pour moi ?”

Vivre en version “retouchée”, c’est confortable sur le moment, mais creux à long terme.
Vivre en version “vraie”, c’est inconfortable au début, mais tellement plus solide après.

En résumé :
Ne deviens pas l’expert de ton image en oubliant ton visage.
Le monde n’a pas besoin d’une copie bien lissée de plus.
Il a besoin de toi, avec ta voix, ton histoire, tes forces, tes failles.

Sois pleinement toi, pas toi en artifice.
C’est risqué, oui.
Mais c’est là que ta vie commence vraiment.

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