L’Evangile
« L’Époux est avec eux » (Mc 2, 18-22)

Alléluia. Alléluia.
Elle est vivante, énergique, la parole de Dieu ;
elle juge des intentions et des pensées du cœur.
Alléluia. (cf. He 4, 12)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
comme les disciples de Jean le Baptiste et les pharisiens jeûnaient,
on vint demander à Jésus :
« Pourquoi, alors que les disciples de Jean
et les disciples des Pharisiens jeûnent,
tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »
Jésus leur dit :
« Les invités de la noce pourraient-ils jeûner,
pendant que l’Époux est avec eux ?
Tant qu’ils ont l’Époux avec eux,
ils ne peuvent pas jeûner.
Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ;
alors, ce jour-là, ils jeûneront.
Personne ne raccommode un vieux vêtement
avec une pièce d’étoffe neuve ;
autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu
et la déchirure s’agrandit.
Ou encore, personne ne met du vin nouveau
dans de vieilles outres ;
car alors, le vin fera éclater les outres,
et l’on perd à la fois le vin et les outres.
À vin nouveau, outres neuves. »
Sa réflexion
Dans ce passage de l’Évangile (Mc 2, 18-22), Jésus parle de jeûne, d’« époux », de vin nouveau et d’outres neuves. Dit comme ça, ça peut paraître loin de nos vies, mais en fait c’est très concret.
Le contexte, en gros :
Des gens viennent dire à Jésus :
« Pourquoi les disciples de Jean et ceux des pharisiens jeûnent, et pas les tiens ? »
En clair : « Pourquoi vous ne faites pas comme tout le monde ? La religion, ça doit quand même se voir, non ? »
Et Jésus répond en parlant d’un mariage :
Tant que l’époux est là, on ne jeûne pas. On fait la fête.
Puis il ajoute cette image du vêtement neuf sur un vieux vêtement, et du vin nouveau dans des outres neuves.
Dans la scène, certains sont choqués parce que les disciples de Jésus ne respectent pas les pratiques habituelles. Ça ressemble beaucoup à nos réactions d’aujourd’hui :
- « Un bon chrétien, ça doit faire ci, ça doit faire ça. »
- « Si tu ne fais pas tel jeûne, telle prière, tu n’es pas sérieux. »
- « Tu ne vas pas à la messe tous les dimanches ? Alors ta foi… »
Le regard de Jésus est différent. Il ne dit pas que le jeûne est mauvais, il dit :
le plus important, ce n’est pas la règle en elle-même, c’est la relation avec lui.
Tant que « l’époux » est avec eux, les disciples sont dans la joie, dans la présence. Après, viendra le temps du manque, de la recherche, et là le jeûne prendra sens.
Il y a donc un temps pour tout.
Pour nous aujourd’hui, ça peut vouloir dire :
avant de se demander “qu’est-ce que je dois faire pour être un bon croyant ?”,
peut-être se demander :
“Est-ce que je laisse vraiment une place à Jésus dans ma vie ? Est-ce que je vis avec lui, ou est-ce que je fais juste des choses religieuses à côté de ma vie ?”
Le vin nouveau, c’est un peu l’image de la nouveauté que Jésus apporte : une manière nouvelle de voir Dieu, les autres, soi-même.
Nous, on a souvent des « vieilles outres » :
- nos habitudes bien installées
- notre façon de prier qui n’évolue plus
- nos images de Dieu figées : un Dieu flic, un Dieu juge, un Dieu distributeur de miracles…
- nos routines : boulot, réseaux sociaux, séries, dodo… et on case Dieu cinq minutes quand on peut
Et puis parfois, il se passe quelque chose :
une parole qui nous touche, une rencontre, une épreuve, un moment de silence où l’on sent qu’on ne peut plus vivre comme avant.
C’est du “vin nouveau” : quelque chose de neuf que Dieu essaie de faire naître en nous.
Le problème, c’est qu’on essaie souvent de faire entrer ce neuf dans notre vieille manière de vivre, sans rien changer :
- On voudrait rencontrer Dieu, mais sans toucher à notre temps, sans jamais couper les écrans.
- On voudrait pardonner, mais sans renoncer à nos rancunes.
- On voudrait une vie intérieure plus profonde, mais sans accepter le silence, ni une vraie remise en question.
Jésus dit en gros :
Si tu veux du neuf, il faudra accepter de devenir une outre neuve.
C’est-à-dire : accepter de te laisser transformer.
Devenir une “outre neuve”, aujourd’hui, ce n’est pas forcément tout plaquer et partir au bout du monde. C’est souvent beaucoup plus simple… et plus radical à la fois.
Ça peut être :
- Changer notre rapport au temps : décider de garder chaque jour 10 minutes pour se taire, respirer, parler à Dieu, lire un petit passage de l’Évangile, sans téléphone à côté.
- Revoir certaines priorités : se demander honnêtement : « Qu’est-ce qui prend la première place dans ma vie ? Mon image ? Mon confort ? Mon argent ? Ma peur du regard des autres ? »
- Oser une démarche de réconciliation : accepter de faire le premier pas vers quelqu’un avec qui c’est cassé, même si notre orgueil hurle “non”.
- Laisser Dieu entrer dans le concret : dans nos études, nos choix affectifs, notre façon de consommer, d’utiliser les réseaux, de parler des autres.
Être une outre neuve, c’est en fait dire :
« Seigneur, je ne veux pas juste te mettre dans un coin de ma vie. Je t’ouvre vraiment un espace, même si ça me dérange, même si ça me bouscule. »
Dans ce texte, il y a un contraste fort :
- d’un côté, une religion qui peut devenir tristounette, faite de règles, de “il faut”, de “on a toujours fait comme ça”
- de l’autre, la présence de l’époux, c’est-à-dire la joie d’être avec Jésus, même au milieu des difficultés
Notre tentation, c’est parfois de vivre une foi lourde, culpabilisante, fatigante.
Ou, à l’inverse, de vivre sans Dieu, mais avec un fond de vide qu’on remplit comme on peut.
Jésus propose autre chose :
une relation qui donne du sens, qui remet debout, qui redonne goût, pas une vie parfaite et sans problème, mais une vie accompagnée.
Peut-être que la question à se poser aujourd’hui, à partir de cet Évangile, c’est :
- Est-ce que ma façon de vivre ma foi ressemble à une fête de mariage ou à un couloir d’hôpital ?
- Est-ce que je laisse du “vin nouveau” entrer dans ma vie, ou est-ce que je préfère mes vieilles habitudes, même si elles ne me rendent pas heureux ?
- Qu’est-ce que Dieu essaie de renouveler en moi en ce moment, et que je résiste à laisser changer ?
En résumé :
Ce passage nous parle d’un Dieu qui ne veut pas juste ajouter une couche de religieux sur notre quotidien, mais qui veut transformer de l’intérieur notre manière de vivre, de croire, d’aimer.
Le vin nouveau est là.
La vraie question, c’est : est-ce que je suis prêt, moi, à devenir une outre neuve ?

Laisser un commentaire