L’Evangile
« Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (Mc 2, 13-17)

Alléluia. Alléluia.
Le Seigneur m’a envoyé
porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération.
Alléluia. (Lc 4, 18)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus sortit de nouveau le long de la mer ;
toute la foule venait à lui,
et il les enseignait.
En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée,
assis au bureau des impôts.
Il lui dit :
« Suis-moi. »
L’homme se leva et le suivit.
Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi,
beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts)
et beaucoup de pécheurs
vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples,
car ils étaient nombreux à le suivre.
Les scribes du groupe des pharisiens,
voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains,
disaient à ses disciples :
« Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
Jésus, qui avait entendu, leur déclara :
« Ce ne sont pas les gens bien portants
qui ont besoin du médecin,
mais les malades.
Je ne suis pas venu appeler des justes,
mais des pécheurs. »
Sa réflexion
Quand on écoute ce texte, on pourrait presque le transposer dans notre monde actuel. Jésus marche, il voit Lévi, un type pas franchement bien vu. À l’époque, un collecteur d’impôts, ce n’était pas juste un fonctionnaire : c’était quelqu’un qu’on considérait comme un traître, un profiteur, un vendu au système. Bref, pas le genre de personne qu’on cite en exemple dans les homélies.
Et là, Jésus passe, le regarde, et lui dit : « Suis-moi. »
Pas : « Commence par changer de boulot, prouve-moi que tu as bonne volonté, nettoie ta vie, et ensuite on verra. »
Non : « Suis-moi » là, tout de suite, tel qu’il est.
On peut se demander : qui serait le « Lévi » d’aujourd’hui ?
– Le collègue que tout le monde critique dans le dos.
– La personne qui a une sale réputation dans le quartier.
– Celui ou celle qui a fait des erreurs lourdes, qui a un casier, qui a trompé, qui a menti.
– Ou même plus simplement : celui qu’on juge « pas très catho », « pas assez pratiquant », « pas très clean ».
Et ce qui nous bouscule dans ce texte, c’est que Jésus ne commence pas par trier les gens. Il ne dit pas : « Les bons à gauche, les mauvais à droite. » Il va chez Lévi, il s’assoit à table avec lui et avec toute sa bande. Dans notre langage : il passe sa soirée avec ceux que les “bien-pensants religieux” regardent de haut.
Les pharisiens, eux, réagissent un peu comme nous parfois :
– « Comment il peut fréquenter ces gens-là ? »
– « Un vrai croyant ne traîne pas avec des personnes comme ça. »
– « S’il était vraiment de Dieu, il aurait plus de principes. »
Et là, Jésus répond : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. »
Si on le dit simplement :
– Jésus n’est pas venu pour ceux qui se croient déjà “au top spirituellement”.
– Il est venu pour nous, là où on est, avec nos contradictions, nos failles, nos zones d’ombre.
– Il est venu pour les blessés, les cabossés, les fatigués de la vie, ceux qui n’osent plus trop mettre les pieds à l’église parce qu’ils se sentent “pas à leur place”.
Dans nos vies modernes, on court après l’image :
– bien réussir,
– bien paraître,
– bien montrer sur les réseaux que tout va bien.
Mais ce texte nous dit presque l’inverse : c’est quand tu reconnais que tout ne va pas bien, que tu as besoin d’aide, que tu n’es pas nickel à l’intérieur, que Jésus se met vraiment à ta table.
Et puis, il y a autre chose : Jésus ne se contente pas de “tolérer” Lévi. Il lui fait confiance. Il l’appelle à le suivre. Il croit en lui plus que lui-même.
Combien de fois, aujourd’hui, on colle des étiquettes aux gens :
– « Lui, il est comme ça, il ne changera jamais. »
– « Elle, avec ce qu’elle a fait, c’est foutu. »
– « Ce jeune-là, il est perdu. »
Jésus, lui, voit plus loin que l’étiquette. Il voit la personne, l’avenir possible, pas seulement le passé. Dans une société où on “cancel” très vite, où une erreur peut te coller à la peau pour longtemps, ce texte dit quelque chose de très différent : personne n’est réduit à ses fautes.
Et puis, ça nous renvoie aussi à notre façon de vivre la foi.
Est-ce qu’on ressemble parfois aux pharisiens, à regarder de loin, à juger :
– ceux qui ne rentrent pas dans nos codes,
– ceux qui n’ont pas “la bonne façon” de croire,
– ceux qui ne vivent pas comme nous pensons qu’il “faudrait vivre” ?
Ou est-ce qu’on accepte d’avoir une foi qui s’assoit à table avec des gens très différents, vraiment différents, pas juste “différents mais corrects” ?
Une foi qui prend le risque de déranger un peu notre image bien rangée ?
Ce texte pourrait presque nous poser des questions directes :
– Qui sont les “Lévi” que je croise et que je ne regarde même pas ?
– Est-ce que je crois, au fond, que Dieu peut aimer des gens que, moi, j’ai déjà rangés dans la case “pas fréquentables” ?
– Et plus intime encore : est-ce que je crois que Dieu peut vraiment m’appeler, moi, avec tout ce que je traîne, comme il a appelé Lévi ?
Dans un monde où on doit sans cesse “prouver sa valeur”, l’Évangile, ici, souffle autre chose :
Tu n’as pas à mériter l’appel.
Il précède ton changement.
C’est parce que Jésus t’appelle, te regarde, te rejoint dans ta vie telle qu’elle est, que peu à peu tu peux changer, te relever, devenir quelqu’un de nouveau.
On pourrait résumer comme ça :
Aujourd’hui encore, Jésus s’invite à la table des vies compliquées.
À la mienne. À la tienne.
Et il ne commence pas par nous faire la morale : il commence par dire :
« Je suis venu pour toi, précisément parce que tu n’es pas parfait. Viens, suis-moi. »

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