
Saint Marcel, ce n’est pas une star très connue.
Pas de grande légende spectaculaire, pas de miracle hollywoodien.
Mais sa vie pose une question très actuelle :
qu’est-ce que je fais quand être fidèle à ce que je crois juste… me complique la vie ?
Marcel devient pape après une période hyper violente :
les grandes persécutions de Dioclétien contre les chrétiens.
Résultat :
- des gens sont morts,
- d’autres ont tenu bon,
- et certains, par peur, ont renié, ont brûlé un peu d’encens aux dieux romains, ont triché pour sauver leur peau ou celle de leur famille.
Quand Marcel arrive, il hérite d’une communauté déchirée :
- d’un côté, ceux qui ont résisté jusqu’au bout : ils ont souffert, perdu des proches, et ils sont tentés de juger les autres très durement ;
- de l’autre, ceux qui ont craqué sous la peur, qui ont honte, qui aimeraient revenir, mais qui ne savent pas comment faire.
Et lui, au milieu, doit répondre à cette question :
On fait quoi avec ceux qui sont tombés ? On ferme la porte ? On fait comme si de rien n’était ?
Marcel ne dit ni :
« Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, ce n’est pas grave d’avoir renié »,
ni :
« Vous avez renié, c’est fini, dégagez. »
Il choisit un chemin plus difficile :
- il reconnaît la gravité de la rupture,
- mais il ouvre un chemin de retour : une vraie démarche de pénitence, de conversion, un parcours pour se relever.
Autrement dit :
il croit à la responsabilité, mais aussi à la miséricorde.
Il refuse la dureté sans cœur,
mais il refuse aussi la facilité qui relativise tout.
C’est ça qui va lui coûter cher.
Son attitude ne plaît pas :
- aux autorités romaines, qui n’aiment pas voir l’Église s’organiser sérieusement,
- mais aussi à certains qui trouvent sa position trop dure, ou trop exigeante.
Il finit par être exilé.
Il perd sa place, son confort, sa sécurité, parce qu’il a choisi de rester cohérent :
- fidèle à la vérité,
- et fidèle à l’Évangile de la miséricorde.
Il ne meurt pas dans une arène, mais il est considéré comme martyr justement parce que sa souffrance vient de sa fidélité au Christ et à sa mission.
On n’est pas au IVe siècle, on ne vit pas une persécution romaine, mais le témoignage de
Dans la vie de tous les jours, il y a plein de situations où on sent qu’un truc cloche :
- une injustice au travail que tout le monde voit, mais que personne ne veut nommer,
- une personne exclue dans un groupe et on se tait pour « ne pas faire d’histoires »,
- des paroles blessantes en famille, qu’on laisse passer pour « avoir la paix ».
Marcel rappelle une chose :
suivre le Christ, ce n’est pas toujours choisir la solution la plus confortable.
Parfois, c’est :
- dire une parole vraie, même si elle dérange,
- poser une limite,
- défendre quelqu’un qui n’a pas de voix.
Il ne s’agit pas de devenir donneur de leçons, mais de se demander honnêtement :
« Est-ce que je préfère vraiment la vérité et la justice, ou juste ma tranquillité ? »
L’autre face du message de Marcel, c’est sa manière de voir ceux qui ont chuté.
Dans l’Église de son temps, la tentation est forte de mettre des étiquettes :
- « les courageux »
- « les lâches »
C’est une tentation qu’on connaît bien :
- « Celui-là, c’est un raté »
- « Elle, c’est une menteuse »
- « Lui, il a trompé, terminé »
- « Elle, elle a tout gâché, on ne lui fera plus confiance »
Marcel dit en acte :
Non, une personne ne se réduit pas à sa pire faute.
Une chute ne définit pas pour toujours une vie.
Mais le retour n’est pas non plus un claquement de doigts magique :
il peut demander un chemin, un effort, une réparation.
Dans notre quotidien, ça rejoint :
- notre façon de parler des autres (« On sait ce qu’il a fait, lui… »),
- notre capacité à laisser une deuxième chance,
- et aussi notre manière de nous regarder nous-mêmes quand on a raté :
accepter de se relever, au lieu de se condamner à vie intérieurement.
Marcel est pris entre deux risques :
- le rigorisme (tout est impardonnable),
- le laxisme (rien n’est grave).
La foi chrétienne, elle, tient ensemble :
- la vérité sur le mal (le péché blesse vraiment, ce n’est pas banal),
- et la vérité sur l’amour de Dieu (personne n’est jamais définitivement perdu tant qu’il veut revenir).
Pour nous, ça peut se traduire par des questions toutes simples :
- Est-ce que je sais dire à quelqu’un : « Ce que tu as fait m’a blessé », sans l’écraser ?
- Est-ce que je sais dire « je te pardonne », sans faire comme si de rien n’était ?
- Est-ce que j’accepte que l’autre puisse changer, ou est-ce que je le fige dans son passé ?
Vivre en chrétien, c’est apprendre cette danse-là :
tenir ferme sur ce qui est juste, tout en gardant le cœur ouvert.
Marcel a payé sa fidélité par l’exil.
Nous, ça se traduit plus souvent par :
- une incompréhension,
- des moqueries,
- une mise à l’écart subtile,
- le fait de ne pas être « du bon côté » dans certains groupes.
On peut se demander :
« Jusqu’où je suis prêt à aller pour rester fidèle à l’Évangile ?
Où est-ce que je commence à me renier, juste pour être tranquille ou bien vu ? »
La vie de saint Marcel donne du courage pour ces petits « martyrages » du quotidien :
- être honnête alors qu’on te propose de tricher,
- refuser une parole méprisante qu’on voulait te faire approuver,
- ne pas participer aux médisances, même si ça fait « sympa » sur le moment.
Une petite prière inspirée de saint Marcel
Seigneur,
par l’intercession de saint Marcel,
apprends-nous à tenir ensemble ce qu’il a tenu ensemble :
- l’amour de la vérité,
- et l’amour des personnes.
Donne-nous le courage de ne pas nous taire par peur,
et la douceur de ne pas juger sans miséricorde.
Apprends-nous à croire
que personne n’est réduit à sa faute,
et que ta grâce peut toujours relever.
Que, comme saint Marcel,
nous acceptions de perdre un peu de confort
plutôt que de trahir l’Évangile.
Amen.

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