Quand on entend le mot « lèpre », on se dit facilement : ça ne me concerne pas, c’est une maladie d’un autre temps. Pourtant, la « lèpre » de l’Évangile, c’est aussi tout ce qu’on cache, tout ce qu’on n’assume pas, tout ce dont on a honte.

On a tous, d’une manière ou d’une autre, une « lèpre » dans notre vie :
- un échec qu’on n’a jamais digéré,
- une addiction qu’on minimise,
- une jalousie, une colère, une rancune qui colle à la peau,
- une blessure affective ou sexuelle qu’on n’ose pas dire,
- une relation compliquée, une séparation, un mensonge,
- un trait de caractère qu’on déteste chez nous : notre impatience, notre orgueil, notre tendance à juger, notre manque de courage…
Souvent, on gère ça de deux façons :
- Soit on enfouit tout, on fait comme si tout allait bien.
- Soit on se résume à ça : « Je suis nul », « je suis foutu », « je ne changerai jamais ».
Dans les deux cas, on reste enfermé.
Dans l’Évangile, le lépreux, lui, en a assez de se cacher. Il sort de sa zone d’ombre et il ose s’approcher de Jésus. Il ne l’impressionne pas, il ne lui raconte pas une belle histoire. Il vient comme il est, avec sa peau abîmée, son exclusion, sa honte. Et il lui dit simplement :
« Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Il y a là quelque chose de très concret pour nous :
- Accepter de reconnaître nos « lèpres », ce n’est pas se complaire dans la culpabilité.
- C’est arrêter de jouer un rôle devant Dieu, devant les autres, devant soi-même.
- C’est dire : « Voilà, Seigneur, c’est là que j’en suis. C’est ça ma vérité aujourd’hui. »
Ce qui nous fait le plus peur, ce n’est pas toujours le jugement des autres, c’est souvent notre propre regard sur nous-mêmes. On se condamne, on se méprise, on se décourage. On se parle mal intérieurement. On se répète : « Tu vois, tu n’y arriveras jamais. »
L’Évangile nous montre un autre regard :
Jésus ne détourne pas les yeux. Il ne recule pas. Il ne dit pas : « Reviens me voir quand tu iras mieux. » Il touche le lépreux. Il met la main exactement là où ça fait mal.
C’est ça, la foi chrétienne : laisser Jésus toucher ce qu’on cache, ce qu’on juge inacceptable, ce qu’on essaie de maquiller.
Pas pour nous humilier, mais pour nous relever.
Concrètement, reconnaître nos propres « lèpres », ça peut passer par :
- Nommer devant Dieu, dans la prière, ce qui nous fait honte : avec nos mots simples, sans chercher de belles phrases.
- Parler à quelqu’un de confiance : un ami solide, un prêtre, un accompagnateur spirituel, une personne qui ne nous jugera pas.
- Oser le sacrement de réconciliation (la confession), non comme un tribunal, mais comme un lieu où on se tient devant Dieu sans masque et où l’on entend : « Je le veux, sois purifié. »
- Être plus doux avec soi-même : accepter d’être en chemin, pas encore arrivé, pas parfait.
Reconnaître nos « lèpres », ce n’est pas s’auto-analyser sans fin, ni se complaire dans ses faiblesses.
C’est :
- cesser de fuir,
- sortir de la culpabilité stérile,
- et laisser une brèche pour que la grâce puisse entrer.
Ce qui nous abîme le plus, ce n’est pas tant ce qui va mal en nous, c’est le fait de vouloir le cacher à tout prix. Quand on cache, ça pourrit à l’intérieur. Quand on ouvre, même un tout petit peu, l’air passe, la lumière entre.
Dans cette page de l’Évangile, Jésus nous invite à faire le même chemin que le lépreux :
- arrêter de rester loin,
- oser s’approcher,
- oser dire : « Seigneur, c’est là que j’ai besoin de toi. Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Et entendre, au fond du cœur, une réponse qui ne change pas :
« Je le veux. »
C’est à partir de là que la vraie conversion commence : non pas par la perfection, mais par la vérité.

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