
L’Evangile
« Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies » (Mc 1, 29-39)
Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm,
Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean,
dans la maison de Simon et d’André.
Or, la belle-mère de Simon était au lit,
elle avait de la fièvre.
Aussitôt, on parla à Jésus de la malade.
Jésus s’approcha,
la saisit par la main
et la fit lever.
La fièvre la quitta,
et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil,
on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal
ou possédés par des démons.
La ville entière se pressait à la porte.
Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies,
et il expulsa beaucoup de démons ;
il empêchait les démons de parler,
parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube.
Il sortit et se rendit dans un endroit désert,
et là il priait.
Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.
Ils le trouvent et lui disent :
« Tout le monde te cherche. »
Jésus leur dit :
« Allons ailleurs, dans les villages voisins,
afin que là aussi je proclame l’Évangile ;
car c’est pour cela que je suis sorti. »
Et il parcourut toute la Galilée,
proclamant l’Évangile dans l
Sa réflexion.
Quand je lis ce passage de Marc 1, 29-39, j’ai l’impression de voir une journée « normale » de Jésus… qui n’a pourtant rien de normal.
On le voit entrer dans la maison de Simon et André. Il ne débarque pas dans un grand palais ni dans un lieu sacré, mais dans une maison ordinaire, avec ses soucis ordinaires : la belle-mère de Simon est malade, clouée au lit. C’est concret, c’est simple. On pourrait dire : c’est la vie de tous les jours.
Et Jésus, qu’est-ce qu’il fait ? Il ne fait pas un grand discours, il ne demande pas des explications compliquées. Il s’approche, il la prend par la main, il la fait lever. C’est tout. Mais dans ce geste très simple, il y a quelque chose de immense : il relève. Il remet debout. Il redonne la capacité de vivre, de servir, de se tenir à sa place dans la vie. Guérie, elle se met à les servir. Ça peut nous choquer : « Encore une femme qui sert ! ». Mais en fait, c’est très beau : elle retrouve sa dignité, son énergie, sa place dans la maison. Elle n’est plus spectatrice, ni victime, ni malade mise de côté ; elle redevient actrice, elle peut de nouveau aimer concrètement.
On peut se reconnaître là-dedans. Combien de fois on est comme « alité » intérieurement ? Pas forcément malade physiquement, mais paralysé par la fatigue, la peur, la lassitude, le découragement, le « à quoi bon ? ». Et Jésus, lui, ne reste pas loin. Il vient dans notre quotidien, dans nos maisons, nos histoires, et s’il peut, il nous prend par la main. Le problème, c’est qu’on n’ose pas toujours lui tendre la nôtre.
Puis le texte dit que le soir, on lui amène des malades, des possédés, « toute la ville se pressait à la porte ». L’image est forte : toute la misère humaine se rassemble autour de Jésus. Comme si d’un coup, tout ce qui ne va pas dans la vie des gens sort à la surface. Ça ressemble à nos vies parfois : quand tout se bouscule, les problèmes de santé, les tensions familiales, le travail, les angoisses, et on ne sait même plus par où commencer.
Et Jésus, lui, il accueille. Il guérit, il libère, il écoute. Il ne renvoie pas les gens en leur disant : « revenez demain, là je suis fatigué ». Il se donne. On voit un Dieu qui ne fuit pas la souffrance, qui ne s’en détourne pas, mais qui la prend au sérieux. Pour lui, chaque personne compte.
Et en même temps, il ne se laisse pas enfermer dans le rôle de « faiseur de miracles ». Le lendemain, alors qu’il fait encore nuit, il sort pour prier, seul. Même lui, le Fils de Dieu, a besoin de ce temps à part, face au Père. C’est très parlant pour nous : on voudrait parfois tout régler, être utiles, aider tout le monde, être performants… mais sans jamais se poser, sans se recentrer, sans se remettre en présence de Dieu. Jésus, lui, commence là : par la prière. C’est comme s’il nous disait : « Si tu veux tenir, si tu veux aimer vraiment, commence par te laisser aimer, par te tourner vers le Père ».
Quand les disciples le retrouvent, ils lui disent : « Tout le monde te cherche ». On sent un peu la pression : il a du succès, on l’attend, on le réclame. Et sa réponse surprend : il ne dit pas « génial, on y retourne ! », il dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti ». Il ne se laisse pas enfermer dans le succès ni dans les attentes des autres. Il reste fidèle à sa mission : annoncer la Bonne Nouvelle, partout, à tous.
Ça aussi, ça nous parle. On peut facilement être pris dans ce que les autres attendent de nous, dans ce qui nous valorise, ce qui nous fait du bien à l’ego. Jésus, lui, ne se laisse pas piéger par ça. Il sait pourquoi il est là. Il sait ce qui est essentiel. On pourrait se demander : « Et moi, je sais pourquoi je fais ce que je fais ? Est-ce que je suis guidé par la mission que Dieu me confie, ou juste par le regard des autres, la peur de décevoir, le besoin de reconnaissance ? »
Au fond, ce petit passage de l’Évangile nous montre trois choses très simples et très fortes :
- Jésus entre dans nos maisons, dans notre quotidien. Il nous rejoint là où ça fait mal, là où on est « alité ». Il ne reste pas à distance. Il prend par la main, il relève.
- Il porte la misère du monde, il accueille nos souffrances sans se lasser. Mais il nous montre aussi que pour tenir, il faut la prière, la relation avec le Père. Sans ça, on s’épuise.
- Il nous invite à ne pas nous laisser enfermer dans ce que les autres attendent, mais à rester fidèles à l’essentiel, à cette mission unique que chacun de nous porte, là où il est.
On pourrait peut-être, à partir de ce texte, faire deux choses très concrètes :
- D’abord, dire à Jésus, dans nos mots : « Voilà où je suis par terre, où je suis comme malade, où je ne me lève plus. » Et oser lui tendre la main, même timidement.
- Ensuite, lui demander : « Quel est, pour moi, aujourd’hui, l’‘ailleurs’ où tu veux m’envoyer ? À qui veux-tu que j’apporte un geste, une parole, un peu de ta présence ? »
Parce que si Jésus continue de parcourir villes et villages, aujourd’hui, c’est souvent à travers des mains bien humaines… les nôtres.

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