
Quand on parle d’« autorité » aujourd’hui, ça coince vite.
On pense à l’autoritarisme, aux abus de pouvoir, aux mensonges politiques, aux chefs toxiques.
On vit dans une époque où, en gros, on ne croit plus grand-chose ni grand-monde… et en même temps, on a besoin de repères comme jamais.
On pourrait se poser une question simple :
Dans ma vie, c’est qui, c’est quoi, l’autorité ? Et c’est quoi, pour moi, une “bonne” autorité ?
On se méfie :
- des gouvernements,
- des médias,
- des experts,
- des institutions (école, justice, santé, etc.).
On dit : “Ils cachent la vérité”, “Ils sont tous corrompus”, “On ne peut plus faire confiance”.
Et pourtant, on obéit souvent sans s’en rendre compte :
- aux algorithmes des réseaux sociaux,
- aux tendances (“il faut penser ça, sinon tu es ringard / extrême / idiot”),
- à la pression du groupe,
- au besoin de “liker” ce que tout le monde “like”.
On croit avoir rompu avec l’autorité… mais on a juste changé de maîtres.
Ce n’est plus le prof ou le curé qui nous dit quoi penser,
c’est le fil TikTok, la dernière polémique Twitter/X, le gourou du moment sur YouTube, le “on dit” ambiant.
On a remplacé l’autorité visible par une autorité diffuse, invisible… mais très réelle.
On veut la liberté :
- choisir sa vie,
- penser par soi-même,
- ne pas se laisser dicter sa conduite.
C’est sain.
Mais quand il n’y a plus aucune autorité reconnue, ça donne quoi ?
- Chacun a “sa vérité” → on ne peut plus dialoguer, on s’insulte.
- Les faits eux-mêmes sont discutés → fake news, complots partout, confusion générale.
- On ne sait plus qui écouter pour les grandes questions : climat, guerre, santé, justice sociale…
Résultat :
- certains décrochent : “de toute façon, ça ne sert à rien, ils font ce qu’ils veulent là-haut”,
- d’autres se radicalisent : ils s’accrochent à des “autorités” simplistes qui donnent des réponses toutes faites → complotistes, groupes extrêmes, sectes, etc.
On voit bien que vivre sans aucune autorité, ça ne marche pas.
Une société sans repères, ça devient vite la loi du plus fort ou du plus bruyant.
On a tellement vu d’abus de pouvoir qu’on confond souvent :
- autorité et autoritarisme,
- encadrement et contrôle,
- règle et interdiction gratuite.
Pourtant, il existe une autre manière de comprendre l’autorité.
Une autorité saine, c’est :
- quelqu’un (ou quelque chose) qui a du poids parce que c’est cohérent, juste, vrai,
- qui assume une responsabilité,
- qui protège les plus fragiles,
- qui n’a pas besoin de hurler pour se faire entendre.
On l’a tous déjà expérimentée :
- un prof qui nous bouscule mais nous respecte,
- un parent qui pose des limites mais qu’on sent présent,
- un chef qui assume ses erreurs et défend son équipe,
- une personne qui ne sait pas tout, mais qui cherche honnêtement.
Ce genre d’autorité, on la suit volontiers.
Parce qu’elle ne s’impose pas par la peur, mais par la crédibilité.
Au niveau mondial, la question de l’autorité est partout :
- Guerres :
des dirigeants décident pour des millions sans les écouter,
au nom d’idéologies, d’ego, de frontières, d’intérêts économiques. - Climat :
les scientifiques alertent, mais les décisions politiques suivent à moitié, trop lentement,
et beaucoup ne savent plus à qui croire : catastrophisme ? déni ? réalisme ? - Économie :
l’autorité réelle, ce sont parfois les marchés, les grandes entreprises, les actionnaires,
plus que les votes des citoyens. - Infos :
qui a autorité aujourd’hui pour dire : “ceci est vrai” ?
Les journalistes ? Les “lives” ? Les influenceurs ? Les “dénonciateurs de mensonges” qui mentent eux-mêmes ?
On est dans une époque où tout le monde parle d’autorité… mais plus personne ne l’assume vraiment.
Ou alors, ceux qui l’assument le font mal, ou pour leur intérêt personnel.
Ramener la question à soi, c’est peut-être plus concret.
- Quand je choisis un métier, un mode de vie, je me base sur quoi ?
- Quand je vote (ou ne vote pas), qu’est-ce qui pèse le plus dans la balance ?
- Quand je relaie une info, c’est qui mon “autorité” ? Un titre, une émotion, un pote, une vidéo ?
On peut se poser en vrac :
Qui a le plus d’autorité sur moi aujourd’hui ?
- La peur du regard des autres ?
- Mon confort ?
- Mon fil d’actualité ?
- Mes colères ?
- L’avis de gens que je respecte vraiment ?
- Des valeurs que j’ai choisies : justice, vérité, solidarité, dignité humaine… ?
Parce qu’au fond, l’autorité, ce n’est pas seulement “eux là-haut”.
C’est aussi :
- ce à quoi je donne du poids,
- ce à quoi je permets d’orienter mes choix,
- ce que je laisse m’influencer profondément.
Peut-être que le défi aujourd’hui, ce n’est pas de “jeter” l’autorité une bonne fois pour toutes,
mais de la transformer.
Quelques pistes :
- De la domination à la responsabilité
L’autorité, ce n’est pas “commander”.
C’est répondre de ce qu’on fait, de l’impact qu’on a sur les autres, sur la planète, sur l’avenir. - De “crois-moi sur parole” à “viens vérifier avec moi”
Une autorité crédible accepte d’être questionnée, de montrer ses sources, de reconnaître ses limites. - De la peur à la confiance lucide
Se remettre de la déception, sans tomber dans le cynisme absolu.
Apprendre à redonner sa confiance, mais pas n’importe comment, pas à n’importe qui, pas sans conditions. - Du “je fais ce que je veux” au “je suis responsable de ce que je fais”
Ma liberté n’est pas déconnectée des autres.
L’autorité, ce peut être aussi ma conscience, quand elle est formée, éveillée, honnête.
Peut-être que la vraie question à se poser régulièrement, c’est :
Qui décide en moi ?
Est-ce que c’est vraiment moi, avec mes valeurs réfléchies,
ou bien mes peurs, mes habitudes, mes addictions, mes écrans, mon entourage ?
L’autorité aujourd’hui, ce n’est pas seulement un débat politique ou philosophique.
C’est quelque chose de très concret qui touche :
- ma façon d’être citoyen,
- ma manière de consommer,
- mes engagements,
- ma façon d’écouter ou d’ignorer la souffrance des autres et de la planète.
On peut, tout simplement, se dire :
“Je ne pourrai pas changer le monde tout de suite,
mais je peux décider à qui je donne du poids dans ma vie :
quelles paroles, quelles personnes, quelles valeurs auront vraiment autorité sur moi ?”
Cette question-là, on ne la réglera pas en un jour.
Mais la poser, déjà, c’est reprendre un peu de liberté dans un monde où tant de choses cherchent, en douce, à décider à notre place.

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