Saint Hilaire, c’était qui, au fond ?
Pas un moine perdu dans une grotte.
Au départ, c’était un laïc marié, père de famille, un intellectuel, quelqu’un de posé, qui réfléchit.
Il vit au IVᵉ siècle, à Poitiers.
Il découvre l’Évangile, il se laisse saisir par le Christ… et sa vie bascule : il devient chrétien, puis évêque.

Le décor de son époque, c’est quoi ?
Une Église encore jeune, mais déjà secouée par un gros conflit :
certains disent que Jésus n’est pas vraiment Dieu, “seulement” un super-homme choisi par Dieu.
Ça semble plus simple, plus raisonnable, plus “acceptable” pour l’empereur et pour beaucoup de gens.

Hilaire, lui, comprend que si on enlève ça – le fait que le Christ est vraiment Dieu fait homme –,
on vide la foi de son cœur.
Alors il se bat.
Pas à coups d’épée, mais avec sa tête, sa plume, sa liberté intérieure.
Résultat : il se met à dos des évêques, l’empereur, et finit… exilé.

Ce qui est frappant chez lui, c’est qu’il aurait pu choisir la voie tranquille :
– fermer les yeux,
– se dire “après tout, chacun sa vérité”,
– arrondir les angles pour rester dans les bonnes grâces du pouvoir.

Mais non.
Il voit que ce qu’on propose est plus confortable politiquement, mais moins vrai.
Et il refuse de “diluer” la foi pour plaire.

On pourrait dire qu’Hilaire, c’est un peu le type qui, dans une réunion où tout le monde dit “oui” par intérêt,
ose lever la main pour dire : “Non, ça, ce n’est pas juste”.

Ça fait réfléchir pour nous aujourd’hui :

  • Où est-ce que je lisse l’Évangile pour être tranquille ?
  • Où est-ce que je gomme ce qui dérange, pour ne pas passer pour bizarre, ringard, extrémiste ou naïf ?
  • Est-ce que je préfère une foi qui ne fait pas de vagues… ou une foi qui tient debout, même si ça me coûte un peu ?

On caricature parfois :
soit tu es croyant (donc un peu naïf),
soit tu es intelligent (donc tu ne crois pas trop).

Hilaire, lui, montre tout l’inverse.
C’est un théologien solide, un penseur fin.
Il lit, il discute, il argumente, il écrit.

Sa foi ne lui sert pas à zapper la réflexion.
Au contraire, elle la stimule.

Pour nous, dans un monde où :

  • les débats de foi sont souvent réduits à des punchlines,
  • sur les réseaux, on balance des phrases toutes faites sans chercher à comprendre l’autre,
    Hilaire rappelle quelque chose de précieux :

Tu peux être vraiment croyant et vraiment intelligent.
Tu n’as pas à choisir.

Ça pose une question concrète :

  • Est-ce que je prends le temps de comprendre ce que je crois ?
  • Ou est-ce que je me contente de vagues impressions, de souvenirs de caté, de clichés ?
  • Est-ce que j’ose poser des questions, lire, me former, discuter, au lieu de rester dans une foi floue ?

Hilaire résiste.
Mais il ne devient pas violent, amer, aigri.
Il n’est pas dans le mépris des autres.
Il souffre de la division, il ne la cherche pas.

Il y a chez lui une forme de courage tranquille :
il tient, il explique, il écrit, il prie…
sans tomber dans la violence verbale, sans “annuler” ceux qui ne pensent pas comme lui.

Dans notre monde ultra-polarisé, où :

  • dès que quelqu’un n’est pas d’accord avec moi, je le traite de “danger” ou de “nul”,
  • les débats tournent vite au clash,
    la manière d’Hilaire est étonnamment moderne.

Croire aujourd’hui, à sa manière, ce serait :

  • oser dire “je ne suis pas d’accord”,
  • sans insulter,
  • sans humilier,
  • mais sans renoncer non plus à ce qu’on tient pour vrai.

L’exil d’Hilaire, ce n’est pas qu’un détail historique.
Ça dit quelque chose de la vie chrétienne réelle :
être fidèle, parfois, coûte.

Pas forcément un exil géographique pour nous,
mais un exil social, relationnel :

  • des relations qui se refroidissent,
  • des moqueries,
  • une carrière qui avance moins vite si je ne rentre pas dans certaines magouilles,
  • un choix de vie plus simple, moins “brillant”, mais plus juste.

Hilaire nous met devant une question pas très confortable :

À quoi je tiens assez pour accepter d’en payer le prix ?

Parce que si ma foi ne me coûte jamais rien,
si elle ne me met jamais en porte-à-faux avec la logique du monde,
est-ce qu’elle est encore vivante ?
Ou est-ce que ce n’est plus qu’une “décoration spirituelle” posée sur la même vie que tout le monde ?

On pourrait laisser saint Hilaire au IVᵉ siècle, bien rangé dans les livres.
Ou on peut le laisser nous poser quelques questions très simples aujourd’hui :

  • Qu’est-ce que je crois vraiment sur le Christ ?
    Est-ce que c’est une figure sympa du passé, un coach moral,
    ou vraiment le Fils de Dieu venu me rejoindre, me sauver, me faire vivre de sa vie ?
  • Est-ce que je prends ma foi au sérieux dans ma tête ?
    Est-ce que je lis, je me forme, je pose des questions ?
    Ou est-ce que je laisse ça dans un coin, en mode “ça ira bien comme ça” ?
  • Où est-ce que, dans ma vie, je sens une tension entre l’Évangile et ce que le monde attend de moi ?
    Et qu’est-ce que je choisis, concrètement ?
  • Est-ce que j’ose tenir bon sans devenir dur ?
    Est-ce que j’essaie de conjuguer fidélité et douceur, vérité et respect des personnes ?

On pourrait, à la manière d’Hilaire, faire aujourd’hui un geste très simple :
reprendre une vérité de foi centrale (par exemple : “Jésus est vrai Dieu et vrai homme”,
ou “Dieu est Père”),
et se dire :
“Est-ce que j’y crois vraiment ?
Qu’est-ce que ça change concrètement dans ma façon de vivre, de choisir, d’espérer ?”

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