On aime bien les grands moments : Noël, Pâques, les fêtes, les retraites, les JMJ, les temps forts de paroisse…
On se dit : « Là, oui, je sens Dieu, je sens ma foi. »

Mais la vérité, c’est que 90 % de notre vie, c’est du… temps ordinaire.
Le réveil qui sonne, le boulot, les enfants, les courses, la fatigue, les embouteillages, la vaisselle, les réunions, les petites joies, les petites contrariétés.

Et justement, le temps ordinaire dans l’Église, ce n’est pas un “vide entre deux fêtes”.
C’est le temps où se joue la vraie question :

Est-ce que ma foi tient dans le concret, dans le quotidien, quand il n’y a pas de musique, pas de grandes émotions, pas de “waouh” ?

On a souvent cette idée (sans le dire) :
Dieu = les moments forts
Le reste = ma vie “normale”

Mais si Dieu n’est là que dans les grandes célébrations, ça veut dire qu’il s’absente quand tu fais la vaisselle ou que tu es coincé(e) dans le bus.
Ce n’est pas ça, la foi chrétienne.

Le temps ordinaire, c’est Dieu dans le normal :

  • dans ta fatigue du lundi matin
  • dans la réunion qui t’ennuie
  • dans le gamin qui te casse les nerfs
  • dans le repas préparé vite fait
  • dans les mails à répondre
  • dans la petite visite à un voisin
  • dans les 5 minutes où tu respires en silence

Il n’y a pas des jours “avec Dieu” et des jours “sans”.
Il y a des jours où on le regarde… et des jours où on l’oublie.

Concrètement, ça commence par une petite phrase intérieure :

« Seigneur, tu es là, même là. »

Même dans ce qui a l’air banal, répétitif, lourd.
Tu peux transformer ta journée avec des gestes tout simples :

  • Le matin :
    « Seigneur, je te donne cette journée, telle qu’elle est. Aide-moi à aimer dedans. »
  • Dans une galère :
    « Donne-moi de ne pas exploser, de rester dans la paix. »
  • Devant quelqu’un qui t’agace :
    « Aide-moi à le regarder comme toi tu le regardes. »
  • Le soir :
    « Montre-moi où tu étais présent aujourd’hui, même si je ne t’ai pas vu. »

Ce n’est pas du “plus” à rajouter à ta journée.
C’est un autre regard sur ce que tu vis déjà.

Vivre chrétiennement le temps ordinaire, ce n’est pas faire des choses héroïques tous les jours, c’est être fidèle dans les petites choses :

  • Prendre un vrai temps de prière, même court, plutôt que rien du tout.
  • Rendre un service sans râler (ou en râlant moins…).
  • Choisir de ne pas médire sur quelqu’un, même si tout le monde le fait.
  • Dire merci, dire pardon, dire s’il te plaît.
  • Être honnête, même quand tu pourrais “arranger” un peu la vérité.
  • Faire bien ton travail, non pas pour ton image, mais comme une façon d’aimer.

Ça n’a l’air de rien.
Mais c’est là que se construit un cœur chrétien.

Dans la Bible, Jésus passe 30 ans de vie cachée à Nazareth, et seulement 3 ans de vie publique.
30 ans “ordinaires” : travailler, prier, vivre en famille, apprendre un métier, fréquenter la synagogue, aider Marie et Joseph.

Dieu a choisi ce chemin.
Ça veut dire que ce qui est caché, simple, discret, compte énormément.

Ton temps ordinaire, c’est un peu ton Nazareth à toi.
Ce n’est pas du temps perdu.
C’est le temps où :

  • ta confiance mûrit,
  • ta patience se travaille,
  • ton amour devient plus concret.

Souvent, on ne voit pas la croissance en direct.
Mais comme une plante, ça pousse dans le silence.

  • Un petit rendez-vous quotidien avec Dieu
    Pas besoin d’une heure. 5 à 10 minutes, mais vrais : un psaume, l’Évangile du jour, un temps de silence, un “Notre Père” vraiment prié.
  • Un geste d’amour volontaire chaque jour
    Tu peux te dire le matin :

« Aujourd’hui, Seigneur, je veux poser au moins un acte d’amour concret. Montre-moi lequel. »
Ça peut être un coup de fil, un pardon, un sourire, une aide, écouter vraiment quelqu’un.

  • Relire ta journée avec lui
    Le soir, 3 minutes :
    1. Merci pour ce qui a été beau.
    2. Pardon pour où je suis passé(e) à côté de l’amour.
    3. Aide-moi pour demain.
  • Sanctifier tes petites routines
  • Dans la voiture ou les transports : un chapelet, un temps de silence, ou juste parler à Dieu comme à un ami.
  • En faisant le ménage ou la cuisine : offrir ce temps pour quelqu’un.
  • Avant une réunion : “Seigneur, donne-moi de respecter chacun, même si je ne suis pas d’accord.”

Dans les temps forts, c’est plus facile d’être porté par l’ambiance, la musique, le groupe.
Dans le temps ordinaire, il n’y a plus de décor. Il reste… toi et Dieu.

C’est là que ta foi devient :

  • moins spectaculaire,
  • mais plus vraie,
  • plus profonde,
  • plus incarnée.

Vivre chrétiennement le temps ordinaire, ce n’est pas attendre le prochain “événement spirituel” pour être croyant.
C’est laisser le Christ habiter ton métro-boulot-dodo, tes lessives, tes factures, tes petites joies, tes petites croix.

En résumé :

Le temps ordinaire, ce n’est pas un trou entre deux fêtes.
C’est l’endroit précis où Dieu veut te rencontrer,
là où tu vis, comme tu es,
aujourd’hui.

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