Je vais partir du saint le plus connu fêté le 12 janvier dans le calendrier catholique romain actuel : saint Bernard de Corléone, un frère capucin du XVIIᵉ siècle, ancien bagarreur devenu homme de paix.

Ce qui frappe dans la vie de Bernard de Corléone, c’est le contraste.
Au départ, ce n’est pas un « saint » au sens où on se l’imagine :
c’est un homme impulsif, porté sur la bagarre, un champion d’escrime, facilement violent, orgueilleux.
Un jour, une rixe tourne mal : il blesse gravement un adversaire.
Là, tout bascule : il prend peur, il a honte, et surtout il prend conscience qu’il ne peut plus continuer comme ça.
Il décide alors de changer de vie. Pas juste de « s’améliorer un peu », mais carrément de changer de cap.
Il entre chez les capucins, non pas comme un grand intellectuel ou un prédicateur brillant, mais comme un frère laïc, simple, chargé des travaux les plus humbles.
Et c’est là que commence son vrai chemin :
– Lui, l’orgueilleux, apprend l’humilité.
– Lui, le violent, devient un homme de douceur.
– Lui, le colérique, devient un frère de prière et de service, très apprécié pour sa bonté.
Sa sainteté ne vient pas d’une vie parfaite dès le départ, mais d’un tournant, d’un « non » à ce qu’il était en train de devenir, et d’un « oui » à une autre manière de vivre.
La première chose que sa vie nous dit, c’est :
tu n’es pas condamné à rester comme tu es aujourd’hui.
Tu as peut-être un tempérament qui te dépasse : colère, orgueil, jalousie, dureté, peur…
Tu as peut-être fait des choix dont tu n’es pas fier/fière.
Tu as peut-être blessé des gens, ou tu t’es blessé(e) toi-même.
Mais Bernard montre que le passé n’a pas le dernier mot.
La question n’est pas : « Est-ce que j’ai tout bien fait jusque-là ? »
La vraie question, c’est : « Qu’est-ce que je décide d’en faire maintenant ? »
Il a pris conscience de ce qu’il était en train de devenir… et il a osé arrêter la spirale.
Tu peux, toi aussi, décider qu’un trait de caractère, une habitude, une manière de réagir ne sera plus la loi suprême de ta vie.
Ce qui est beau chez Bernard, ce n’est pas juste le changement extérieur (moins de bagarres, plus de prière), c’est la transformation intérieure.
Un tempérament fougueux, ce n’est pas mauvais en soi.
Le problème, c’est quand cette force devient destructrice.
Ce que Dieu a fait en lui, c’est une forme « d’apprivoisement » :
– Sa force est devenue énergie pour aimer,
– Sa fougue est devenue zèle pour servir,
– Son orgueil s’est transformé en désir de se faire petit, de passer derrière.
Dans nos vies, c’est souvent pareil :
Dieu ne veut pas nous casser, il veut nous transformer de l’intérieur.
Ce qui te dérange le plus chez toi (ton hypersensibilité, ta fougue, ta ténacité, ton besoin de comprendre…) peut devenir une grâce si c’est orienté vers le bien.
La question à te poser pourrait être :
« Quelle part de moi, un peu sauvage, Dieu voudrait-il apprivoiser ?
Et si ce qui me gêne le plus chez moi pouvait devenir une force, purifiée ? »
Bernard de Corléone n’a pas été canonisé parce qu’il a fondé un grand ordre, écrit des livres ou fait des discours mémorables.
Il a été reconnu saint pour sa fidélité dans les petites choses :
– les services cachés,
– les tâches ingrates,
– la patience dans les contrariétés,
– la prière simple mais constante,
– la douceur avec ceux qui l’entouraient.
Dans un monde où on valorise ce qui se voit, ce qui brille, ce qui fait du bruit, sa vie rappelle une vérité essentielle :
La sainteté, ce n’est pas être spectaculaire,
c’est être vrai, humble et fidèle dans le concret.
Tu n’as peut-être pas une vie « extraordinaire » selon les critères du monde.
Tu fais peut-être un travail discret, tu t’occupes de ta famille, tu supportes une souffrance silencieuse, tu avances lentement…
Aux yeux de Dieu, ce n’est pas « petit ».
La sainteté se joue là : dans le quotidien.
Quand on regarde la trajectoire de Bernard, on voit autre chose :
Dieu ne s’est pas contenté de lui « pardonner son passé », il s’en est servi.
Il connaissait la violence, le combat, l’orgueil.
Il est devenu un homme capable de comprendre les personnes blessées, emportées, paumées.
Son histoire n’a pas été effacée, elle a été rachetée.
Dans ta vie aussi, il y a des choses que tu regrettes.
Mais Dieu peut faire de ces points fragiles des lieux de compassion, d’écoute, de compréhension des autres.
Là où tu t’es trompé(e), tu peux devenir quelqu’un qui aide les autres à ne pas se perdre.
Là où tu as chuté, tu peux devenir quelqu’un qui relève.
Pour prier à partir de saint Bernard de Corléone
Si tu veux en faire une prière personnelle, tu peux dire, par exemple :
« Seigneur,
tu as pris le cœur fougueux de Bernard de Corléone
et tu en as fait un cœur pacifié, humble et plein de douceur.
Je te confie ce qui en moi est excessif, blessant, désordonné :
mes colères, mes peurs, mon orgueil, mes impulsions.
Viens apprivoiser ce qui est sauvage en moi,
transformer ce qui détruit en ce qui construit,
et faire de mes fragilités des lieux de rencontre avec toi et avec les autres.
Apprends-moi la fidélité dans les petites choses,
le courage de changer de cap,
et la confiance que, avec toi,
mon passé ne me condamne pas,
il peut devenir une source de vie.
Amen. »
En regardant saint Bernard de Corléone le 12 janvier, tu peux te laisser travailler par cette question :
« Où est-ce que Dieu m’invite, moi aussi,
à passer de la violence à la paix,
de l’orgueil à l’humilité,
de la course en avant à une vie plus vraie ? »
C’est là, très concrètement, que commence ta propre sainteté.

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