L’Evangile

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 14-20)

Alléluia. Alléluia.
Le règne de Dieu est tout proche.
Convertissez-vous et croyez à l’Évangile.
Alléluia. (Mc 1, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Après l’arrestation de Jean,
Jésus partit pour la Galilée
proclamer l’Évangile de Dieu ;
    il disait :
« Les temps sont accomplis :
le règne de Dieu est tout proche.
Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

    Passant le long de la mer de Galilée,
Jésus vit Simon et André, le frère de Simon,
en train de jeter les filets dans la mer,
car c’étaient des pêcheurs.
    Il leur dit :
« Venez à ma suite.
Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »
    Aussitôt, laissant leurs filets,
ils le suivirent.

    Jésus avança un peu
et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean,
qui étaient dans la barque
et réparaient les filets.
    Aussitôt, Jésus les appela.
Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers,
ils partirent à sa suite.

Sa réflexion

Le texte commence après l’arrestation de Jean-Baptiste. Ambiance : incertitude, tension politique, sentiment d’insécurité.
Ça ressemble un peu à notre monde : crises, guerres, climat, inflation, réseaux sociaux qui relaient en boucle des mauvaises nouvelles…

Et c’est , dans ce contexte compliqué, que Jésus se met à annoncer :

« Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

En langage d’aujourd’hui, on pourrait presque traduire :

« C’est le moment. Dieu est plus proche que tu ne le crois. Change de regard, change de cap, et fais-lui confiance. »

Ça veut dire que la foi chrétienne, ce n’est pas pour les moments “parfaits”, quand tout va bien, mais pour aujourd’hui, tel que c’est, avec nos galères, nos peurs, nos questions.

Jésus ne commence pas avec des pros de la religion, mais avec des types normaux, en plein boulot :

  • Simon et André sont en train de jeter leurs filets.
  • Jacques et Jean sont en train de réparer les leurs avec leur père.

En 2025, ce serait un peu comme si Jésus passait :

  • dans un open-space, au milieu des mails et des visioconférences,
  • dans une cuisine de resto en plein coup de feu,
  • dans un atelier, un Uber, une classe, un cabinet médical, devant une caisse de supermarché…

Et il dirait :

« Toi, là, au milieu de tes factures, de ton planning, de ta fatigue : viens avec moi. Ta vie, telle qu’elle est, m’intéresse. »

La foi ne commence pas en dehors du réel, elle commence dans le réel : ton travail, tes amitiés, ta famille, tes études, tes doutes.

Sur les réseaux, on “suit” des gens : on regarde ce qu’ils font, on like, on commente parfois, mais notre vie ne change pas vraiment.

Jésus, lui, ne propose pas un abonnement ou un contenu inspirant. Il invite à un déplacement réel :

« Venez à ma suite. »

Ça veut dire :

  • Marche derrière moi.
  • Laisse-moi t’apprendre à regarder comme moi.
  • Laisse-moi inspirer tes choix, ta manière d’aimer, de travailler, de gérer les conflits.

Ce n’est pas juste une opinion en plus, c’est une relation.
Pas : “Crois ceci, signe là”.
Plutôt : “Viens, on va marcher ensemble. Regarde comment je vis, et petit à petit, laisse-toi transformer.”

L’expression peut sonner bizarre : « pêcheurs d’hommes ».
Mais, dans la Bible, la mer évoque souvent le chaos, la peur, tout ce qui engloutit.

Jésus semble dire :

« Vous savez pêcher des poissons ? Moi, je vais vous apprendre à sortir des gens de ce qui les noie. »

Aujourd’hui, qu’est-ce qui “noye” les gens ?

  • le burnout, la pression de performance,
  • la solitude, même quand on a des centaines de contacts,
  • les addictions (écran, porn, alcool, travail…),
  • la perte de sens : “à quoi ça sert tout ça ?”,
  • la honte, les blessures, les échecs qui collent à la peau.

Être “pêcheur d’hommes”, ce n’est pas faire du prosélytisme agressif.
C’est devenir quelqu’un qui :

  • écoute vraiment,
  • relève au lieu de juger,
  • ouvre un espace pour la lumière de Dieu,
  • aide les autres à respirer, à retrouver une dignité, un sens, une espérance.

Bref, devenir un être humain qui aide les autres à “remonter à la surface”.

Ce qui surprend toujours, c’est ce “aussitôt”.
Ils laissent leurs filets, puis Jacques et Jean laissent aussi leur père, leurs ouvriers.

Les “filets”, aujourd’hui, ça peut symboliser :

  • ce qu’on maîtrise, ce qui nous rassure,
  • nos sécurités : image, statut, confort, argent,
  • nos habitudes, même celles qui nous enferment.

Jésus ne demande pas forcément de tout lâcher matériellement, de quitter ton job ou ta famille.
Mais il pose une vraie question :

“Qu’est-ce qui t’empêche de me suivre plus librement ?”

Parfois, ce qui nous retient, ce n’est pas tant le manque de temps que le manque de disponibilité intérieure :

  • peur du changement,
  • peur de perdre le contrôle,
  • peur d’avoir l’air “trop croyant” devant les autres.

La scène de l’Évangile nous met devant ce choix :
Est-ce que je veux juste “entendre parler de Jésus” de loin, ou est-ce que j’accepte qu’il bouscule quelque chose dans ma vie ?

Concrètement, en 2025, “suivre Jésus”, ça peut ressembler à :

  • Dans le travail :
    • choisir l’honnêteté même si c’est moins rentable,
    • respecter vraiment les personnes (collègues, clients), pas seulement les “performants”,
    • refuser certains compromis qui abîment l’humain.
  • Dans les relations :
    • apprendre à pardonner (ou au moins à renoncer à se venger),
    • oser la vérité plutôt que le mensonge “confortable”,
    • prendre du temps pour quelqu’un qui va mal, même si ça dérange ton planning.
  • Dans ta vie intérieure :
    • prendre 5-10 minutes par jour pour prier, lire un petit passage d’Évangile,
    • dire à Dieu simplement : “Montre-moi où tu m’appelles aujourd’hui”,
    • apprendre à relire ta journée : “Où est-ce que j’ai senti ta présence ? Où est-ce que je t’ai fermé la porte ?”
  • Dans l’Église / le monde :
    • te mettre au service : visite de personnes isolées, bénévolat, aumônerie, groupe de partage,
    • être une présence de paix dans les débats enflammés (réseaux, famille, boulot),
    • être un signe d’espérance là où tout le monde est cynique.

Rien de spectaculaire, mais très exigeant : c’est une manière de vivre.

Le texte de Marc n’est pas seulement l’histoire de quatre types au bord d’un lac.
C’est aussi une question adressée à chacun :

  • Où est-ce que Jésus passe “au bord de mon lac” aujourd’hui ?
    – dans une parole entendue, une rencontre, une souffrance, un désir de plus profond…
  • Quels sont mes “filets” ?
    – ce à quoi je m’accroche, qui m’empêche d’avancer avec lui.
  • Vers qui, avec lui, je suis appelé à être “pêcheur d’hommes” ?
    – famille, collègues, amis, personnes en marge…

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