Dans la nuit du 11 au 12 janvier 2026, on tourne une page discrète dans l’Église : on quitte le temps de Noël pour rentrer dans le « temps ordinaire ». Sur le papier, ça a l’air presque décevant. On sort des lumières, des chants, des crèches, de la magie de Noël… pour retomber dans le « normal ». Mais justement, c’est là que tout se joue.

On a parfois l’impression que Dieu se manifeste surtout dans l’extraordinaire : les grandes fêtes, les émotions fortes, les beaux chants, les moments où tout semble lumineux. Noël, c’est un peu ça : Dieu qui se fait tout proche, petit enfant, dans une ambiance chaleureuse, presque féerique. On aime ça, on s’y sent bien.
Mais le temps ordinaire vient nous rappeler autre chose : Dieu n’est pas seulement le Dieu des grands moments, des fêtes, des « temps forts ». Il est aussi – et peut-être surtout – le Dieu de l’ordinaire.
Quand on démonte la crèche, Dieu ne s’en va pas.
Quand on éteint les guirlandes, la lumière du Christ ne s’éteint pas.
Quand on range les décorations, l’Incarnation ne se range pas dans un carton.
Le temps ordinaire, ce n’est pas un « temps creux » entre deux grandes fêtes. C’est le temps où l’on apprend à reconnaître la présence de Dieu dans la vie de tous les jours :
- dans le boulot qui reprend,
- dans les mêmes visages qu’on croise dans le métro, à l’école, à la maison,
- dans les tâches répétitives, les courses, la vaisselle, les réunions qui s’enchaînent,
- dans les petites joies simples, les petites fatigues acceptées, les petits actes de service.
Dieu, en venant à Noël, n’a pas choisi une vie spectaculaire : il a choisi une famille ordinaire, un village ordinaire, une existence ordinaire. L’extraordinaire de Dieu, c’est justement de se glisser dans ce qui a l’air banal.
Le passage de Noël au temps ordinaire, c’est comme un test pour notre foi :
- Est-ce que je crois vraiment que Dieu est là, quand il n’y a plus de décorations ?
- Est-ce que je crois qu’il parle dans une journée sans relief, sans émotion particulière ?
- Est-ce que je crois qu’aimer dans les petites choses, c’est déjà vivre quelque chose de grand avec Lui ?
Dans l’Évangile, Jésus passe une bonne partie de sa vie à marcher, parler, manger, rencontrer des gens, guérir, enseigner. Rien de « magique » au sens spectaculaire. Et pourtant, c’est là que le Royaume de Dieu se construit : dans des repas partagés, des gestes de miséricorde, des rencontres parfois discrètes.
Le temps ordinaire, c’est le temps de la fidélité.
Noël nous montre que Dieu vient.
Le temps ordinaire nous apprend à vivre avec Lui chaque jour.
En entrant dans ce temps liturgique, on pourrait se dire :
- Et si je cherchais l’extraordinaire non pas en dehors de ma vie, mais au cœur même de ce que je vis déjà ?
- Et si je demandais au Seigneur de m’ouvrir les yeux sur sa présence dans ce qui semble répétitif, monotone, sans intérêt ?
- Et si je faisais de mes journées ordinaires un lieu de rencontre avec Lui : dans une prière simple, un « merci » chuchoté, un pardon donné, un sourire offert ?
On quitte le temps de Noël, mais on ne quitte pas Noël :
Le Dieu fait homme continue d’habiter notre humanité.
Le Verbe fait chair continue de se dire dans nos vies concrètes.
L’extraordinaire de Dieu continue de passer par l’ordinaire de nos jours.
Alors, en rangeant la crèche, on peut faire ce choix intérieur :
Ne pas ranger Jésus avec les décorations,
mais le laisser prendre place au cœur de notre quotidien.
Le temps ordinaire n’est pas un temps « sans couleur » :
c’est le temps où Dieu nous apprend à voir que, depuis Noël,
plus rien n’est vraiment ordinaire.

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