On vit dans une époque où le fatalisme a la cote.
« De toute façon, ça ne sert à rien »,
« Le monde va mal et on n’y peut rien »,
« C’est comme ça, on ne changera jamais »…
Ces phrases, on les entend partout. On finit même par y croire un peu.

Et pourtant, au fond, on a besoin d’autre chose pour tenir debout : on a besoin d’espérance. Pas d’optimisme niais, pas de “tout va bien” forcé, mais une manière de regarder la vie qui ne se résigne pas.

Je te propose quelques pistes très terre à terre pour voir ce que ça veut dire, l’espérance, dans nos vies d’aujourd’hui.

Le fatalisme, ça commence souvent par une déception de trop, un échec, une trahison, un monde qui fait peur. Alors on se protège :

  • « Je n’attends plus rien de personne, comme ça je ne serai plus déçu. »
  • « La politique ? Tous pourris. »
  • « L’écologie ? C’est foutu. »
  • « Les relations ? Ça finit toujours mal. »

Sur le moment, ça soulage : si je n’espère plus rien, je ne souffrirai plus.
En réalité, ça nous enferme. On vit en mode “petit”, en pilotage automatique. On ne tente plus, on ne se risque plus, on se contente de survivre.

L’espérance, c’est l’inverse de ça.

Espérer, ce n’est pas se raconter des histoires.
C’est regarder la situation en face, sans la maquiller, mais refuser de dire : « C’est fini, il n’y a plus rien à faire. »

  • Espérer, ce n’est pas nier une maladie, c’est continuer à croire qu’il reste des choses à vivre, à aimer, à construire avec ce qu’on a.
  • Espérer, ce n’est pas dire que le climat va magiquement aller mieux, c’est se dire : « Mon geste compte. Et si on est des millions à faire un geste, ça change la donne. »
  • Espérer, ce n’est pas penser que tout le monde est gentil, c’est croire que certaines personnes valent le coup d’être rencontrées, écoutées, aimées, malgré les déceptions.

L’espérance ne gomme pas les problèmes, elle empêche juste qu’ils aient le dernier mot.

Avec les infos en continu, les réseaux sociaux qui amplifient le négatif, les comparaisons permanentes, on est bombardés de raisons de baisser les bras.

Du coup, l’espérance devient presque un acte de résistance.

Ça peut ressembler à quoi, concrètement ?

  • Dans ta vie perso
    Choisir l’espérance, c’est se dire :
    « J’ai fait des erreurs, oui. J’ai été blessé(e), oui. Mais je ne me résume pas à ça. Je peux apprendre, changer, recommencer. »
    C’est accepter de demander de l’aide, d’aller voir un psy, de reprendre une formation, de recommencer une relation sans se dire « je suis foutu(e) pour toujours ».
  • Dans le travail ou les études
    On peut facilement tomber dans : « Ça ne sert à rien, personne ne reconnaît mes efforts ».
    Espérer, ce n’est pas être naïf, c’est :
    – continuer à faire son travail du mieux possible,
    – rester ouvert à un changement, une reconversion, une rencontre professionnelle imprévue,
    – ne pas laisser une ambiance toxique définir sa propre valeur.
  • Dans les liens avec les autres
    Le fatalisme dit : « Les gens ne changent pas ».
    L’espérance, elle, sait que ce n’est pas si simple. On peut évoluer doucement, faire un pas, puis un autre.
    Espérer, c’est :
    – croire qu’un dialogue est encore possible,
    – accepter que l’autre progresse à son rythme,
    – savoir aussi lâcher quand il le faut, mais sans se dire : « Tous pareils, plus jamais je ne ferai confiance à personne. »

Le fatalisme, c’est souvent une phrase : « À quoi bon ? »
L’espérance, c’est la question inverse : « Qu’est-ce que je peux faire, à mon échelle, aujourd’hui ? »

Exemples très simples :

  • Le monde va mal ?
    Je peux : m’informer correctement, soutenir une association, changer un petit truc dans ma consommation, parler autrement, voter, m’engager quelque part.
  • J’ai l’impression de ne servir à rien ?
    Je peux : appeler quelqu’un de seul, aider un voisin, encourager un collègue, donner un coup de main dans un projet local.
  • Je me sens coincé(e) ?
    Je peux : poser un premier petit acte concret (faire un CV, prendre un rendez-vous, envoyer un mail, dire enfin ce que je pense).

L’espérance commence rarement par un grand geste héroïque. Elle commence par un pas, parfois minuscule, mais réel.

On sous-estime à quel point notre environnement mental et relationnel joue.

  • Si je passe mon temps avec des gens qui râlent tout le temps, qui cassent tout, qui se moquent de ceux qui essaient… je vais finir comme eux.
  • Si je ne consomme que des contenus anxiogènes, cyniques, moqueurs, je vais me durcir.

Choisir l’espérance, c’est aussi :

  • s’entourer de personnes qui essaient encore de croire en quelque chose de beau,
  • repérer ceux qui relèvent au lieu d’enfoncer,
  • faire un peu le tri dans ce qu’on regarde, lit, écoute.

Pas pour se couper du réel, mais pour ne pas se laisser avaler par lui.

Personne n’est toujours plein d’espérance. On a tous des jours noirs, des coups de mou, des moments où on retombe dans le « ça sert à rien ».

L’important, c’est de ne pas s’installer définitivement dans ce noir-là.

Parfois, l’espérance tient à peu de choses :

  • une parole qu’on reçoit au bon moment,
  • un geste de gentillesse inattendu,
  • un projet qui redémarre,
  • quelqu’un qui croit en nous alors qu’on n’y arrive plus.

À l’inverse, chaque fois que tu encourages quelqu’un, que tu lui dis : « Tu peux y arriver », « Je suis là », « Tu vaux mieux que ce que tu crois », tu deviens, toi, un petit foyer d’espérance. Tu ne règles pas tous ses problèmes, mais tu l’aides à ne pas se laisser avaler par le fatalisme.

En fin de compte, espérance et fatalisme ne décrivent pas seulement le monde, ils le fabriquent un peu.

  • Si je crois que rien ne changera, je n’essaie plus, donc… rien ne change.
  • Si j’accepte l’idée que quelque chose peut encore bouger, même un peu, je me mets en mouvement, et là, il se passe parfois des choses inattendues.

On ne maîtrise pas tout, loin de là. Mais on garde toujours une liberté : celle de choisir ce regard-là.

On pourrait le résumer simplement :

Le fatalisme dit : « C’est fini. »
L’espérance répond : « Ce n’est pas fini tant que je peux encore aimer, agir, dire une parole qui relève. »

Et ça, c’est à la portée de chacun, ici et maintenant.

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